Les cinq pièges à éviter pour la résolution de problèmes complexes

vendredi, 31.08.2018

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

Tout le monde fait face à des problèmes. Mal résolus ils nous ralentiront, nous dévieront de nos objectifs. C’est pour nous aider à régler les problèmes complexes que Bernard Garrette, professeur de stratégie à HEC Paris vient de publier avec Olivier Sibony et Corey Phelps un livre assez formidable, fruit de décennies de recherches et de pratiques. “Cracked it! Editions Palgrave” Macmillan.

Le livre démarre en nous mettant en garde contre les 5 pièges dans lesquels il est facile de tomber et qui empêchent la bonne résolution d’un problème complexe.

1. Définir le problème de façon incorrecte. Il est courant d’exprimer un problème complexe comme on le ressent spontanément. «Je voudrais lutter contre l’action de ce concurrent» par exemple. Cette première formulation conduira rarement à la solution du problème. S’y arrêter fait souvent partir dans une mauvaise direction, vous faisant travailler sur des conséquences plutôt que sur les causes de votre problème. Cette première rend souvent le problème insoluble, parce qu’elle le place en dehors de votre sphère d’influence. Ce qui conduit à travailler la résolution du mauvais problème.

2. Démarrer par la solution. L’expression anglaise «jump to the solution» exprime bien cette tendance à apporter à un problème la première solution qui vient à l’esprit. Celle-ci est souvent liée à des ressources, des moyens, des compétences disponibles.

Elles nous semblent accessibles, rapidement activables. Au lieu de passer du temps à bien définir le problème, et les résultats que l’on souhaite atteindre, nous agissons souvent avec les moyens et selon les protocoles que nous connaissons déjà. Une fois lancé dans cette logique, nous confirmons à chaque étape les hypothèses initiales.

3. Utiliser le mauvais cadre d’analyse. Nous sommes conditionnés à agir dans un cadre de travail particulier. Ce conditionnement provient de nombreuses sources, technologiques, intellectuelles... C’est tout un réseau de croyances et de préjugés qui nous conduit à aborder le problème sous un angle qui n’est pas forcément le bon. Différents cadres d’analyse s’appliquent à la résolution d’un problème menant à des conclusions très différentes. Les coachs parlent de dissociation cognitive, lorsqu’on tente de sortir d’un cadre de pensée pour en envisager d’autres.

4. Adopter une approche restrictive. La tentation est grande, une fois le problème posé, d’en figer la formulation et de se concentrer sur les actions pour le résoudre. Il est rassurant de poser un problème général, et d’agir à sa résolution en mettant en œuvre des actions déjà expérimentées.

Un problème complexe est souvent simplifié pour le rendre accessible, compréhensible, maîtrisable. Agissant ainsi on se rassure, et on le dénature. Procédant par analogie avec des problèmes et des solutions précédemment rencontrés, on part ainsi dans une voie inefficiente. Pour éviter ce piège, le meilleur chemin reste une analyse approfondie de ses causes et l’écoute des utilisateurs.

5. Ne pas savoir vendre ni le problème, ni ses solutions. Il ne suffit pas à une solution d’être la meilleure pour connaitre le succès. La solution qui a du succès est celle qui a été bien communiquée. Avoir raison n’est pas suffisant. Une recommandation qui n’est pas communiquée, vendue, appropriée par ses destinataires est inutile. A l’inverse on peut imaginer le mal que peut faire une mauvaise solution mise en œuvre en raison d’un brillante communication. Le bon chemin résulte de l’alliance d’un problème rigoureusement résolu et d’une communication convaincante.

Si l’on analyse les grandes erreurs stratégiques ou managériales, la plupart ont été le fruit d’un de ces 5 pièges. Merci à Bernard Garrette de nous fournir les outils et démarches pour ne pas y succomber.

* Président EGMA






 
 

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