Les Chinois seraient-ils plus résilients que nous?

mercredi, 24.06.2020

Dominique Jolly*

Dominique Jolly

Les Shanghaiens sont formels: le trafic automobile est redevenu comme avant et tout le monde, ou presque, est retourné au travail. Le port du masque reste la norme même si certains peuvent se relâcher à l’occasion. Les contrôles restent de mise: on n’entre pas encore aujourd’hui dans un immeuble de bureaux sans se faire prendre la température et sans présenter un QR code vert sur son smartphone. 

Il y a certes et sans surprise quelques foyers de contamination qui reprennent à Pékin, mais le déconfinement est intervenu en Chine plus tôt qu’en Europe. L’état d’esprit est différent: les Chinois sont d’abord préoccupés par le besoin de rattraper le temps perdu alors que nous sommes plutôt soucieux de savoir si nous allons pouvoir partir en vacances cet été hors des frontières européennes.

Une entreprise comme Huawei (déjà ostracisée avant la crise du Covid-19 par le président Trump) aura à souffrir comme beaucoup d’exportateurs. Est-ce un problème? Non, car avec son ambitieux plan de déploiement de la 5G, la Chine a un avantage: ce sont les opérateurs, les équipementiers et les services internet qui surfent sur la vague. Le commerce de détail est la locomotive, surtout pour les entreprises de livraison à domicile. C’est le cas des entreprises de livraison de repas (et notamment des deux leaders ele.me et Meituan) qui avaient pris le relais lorsque les restaurants avaient dû fermer; un modèle que nous aurons du mal à dupliquer en Europe car peu compatible avec le Règlement général sur la protection des données. En fait, le secteur du numérique tout entier se révèle porteur et embauche en Chine. 

Trop inquiète d’une possible réimportation du virus, la Chine a fermé ses frontières et celles-ci ne devraient pas rouvrir avant le mois d’octobre. Le pays va donc devoir se passer de 60 millions de visiteurs étrangers. Est-ce un problème? Non, les volumes de touristes chinois sont tels que la soif de voyage (chez ceux qui peuvent se l’offrir) va se reporter sur des destinations intérieures et compensera le manque à gagner résultant de l’absence de visiteurs étrangers; il suffit d’avoir voyagé un peu en Chine pour savoir que le tourisme est de façon écrasante sino-chinois.

Les vols intérieurs ont été rétablis – à quelques exceptions près. Le fret reprend également. Les vols internationaux restent anecdotiques; chaque compagnie n’aligne que quelques vols par semaine à destination de l’Europe pour des patrons ou des experts reconnus et pour des Chinois qui rentrent au pays. Ces compagnies étant très largement sous contrôle étatique, leurs éventuelles pertes seront socialisées.

Il est certes des secteurs qui souffrent comme la restauration et l’hôtellerie où il y a eu et où il y aura des fermetures. Est-ce un problème? Non, car en Chine, où l’Etat providence n’existe pas, la population est souvent plus résiliente. Bien avant la crise sanitaire, les entrepreneurs n’hésitaient pas à lancer une activité, à fermer celle-ci si le succès n’est pas au rendez-vous, avant d’en redémarrer rapidement une autre. Encore une fois, c’est une question d’état d’esprit: chacun n’hésite pas à retenter sa chance après un échec. C’est la transformation permanente.

* Professor of Business Strategy Webster University Geneva






 
 

AGEFI



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