Les champions de l’emploi ne sont pas là où on les attendait

mardi, 10.09.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Les Etats-Unis ont créé 130.000 nouveaux emplois au courant du mois d’août. Le taux de chômage est resté inchangé à 3,7%, proche à son plus bas historique. Sur ce terrain, l’Europe est à la traîne, ce qui s’explique davantage par l’épisode de récession qui a suivi la crise de l’euro en 2011 – et dont les Etats-Unis ont été épargnés – que par un défaut structurel. 

La Suisse, par exemple, affiche un taux de chômage en-dessous du taux américain, à 2,1% au mois d’août. Le nombre d’emplois ouverts, soit nouvellement créés ou vacants, a atteint un plus haut depuis 1993 en août 2019, à plus de trois fois la moyenne sur la même période. L’Allemagne bat également les Etats-Unis sur le taux de chômage, avec 3,0% en juillet 2019, et le pays affiche un nombre de postes ouverts proche de son plus haut depuis 1992. Certes, le taux de chômage dans la zone euro se situe à 7,6%, mais le point le plus bas depuis 1991 ont été les 7,3% observés en 2008. La  performance est donc très respectable pour l’Europe, habituellement considérée comme une région peu propice à la création d’emplois. 

Les Etats-Unis ont été touchés par plusieurs facteurs qui ont nui à la mobilité de la main-d’œuvre, dont l’illettrisme qui est plus rependu aux Etats-Unis que dans les autres pays de l’OCDE. C’est un facteur important dans la mobilité de la main-d’œuvre car cette dernière augmente avec le niveau d’éducation de la personne. Un autre frein à la mobilité aux Etats-Unis est l’obligation pour certains emplois de détenir une licence professionnelle, qui concernait 5% des métiers dans les années 1950 contre 30% en 2015. Les conditions pour obtenir une licence varient selon les Etats, et peuvent répondre à des conditions étonnamment strictes. Le Nevada, par exemple, requiert 733 jours de formation et  1500 dollars de frais pour pouvoir s’installer comme guide de voyage, et tous les Etats ont des demandes plus exigeantes pour devenir designer d’intérieur ou cosmétologue que pour devenir technicien d’urgence médicale (Brookings 2015). La propagation des licences professionnelles nuisent donc à la création d’emplois et limite la mobilité. Pour les Américains, le prix des logements réfrène en outre l’envie de déménager. Les régions où l’économie est vigoureuse et les salaires plus élevés sont également synonymes de prix de l’immobilier élevés. Ainsi, seuls les personnes qualifiées peuvent espérer sortir gagnants d’un déménagement, tandis que pour les personnes peu qualifiées l’augmentation de salaires ne peut compenser le coût supérieur du logement. Par contre, pour les Américains, l’obtention d’une assurance maladie pourrait justifier un déménagement. 

Ainsi, la réactivité de la population américaine face à un choc du marché de travail a baissé de plus de 50% entre 1985 à 2008 (Vox 2013). En Europe, on assiste à une tendance inverse car la mobilité de la main-d’œuvre joue un rôle plus important dans l’ équilibre du marché de travail, augmentant de quelque 20% depuis 2004. Le champion parmi les pays de l’OCDE en matière d’emplois est l’Islande, avec un taux d’emploi à 85,6%, loin devant les 71,1% des Etats-Unis et les 67,8% de la zone euro. Dans ce monde en perpétuelle évolution, n’oublions pas d’ajuster nos idées reçues, ni les moufles en cas de déménagement en Islande.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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