Les marchés résistent à l’ombre du coronavirus

lundi, 17.02.2020

Les Bourses sont portées par des banques centrales empressées de contrecarrer les risques de pandémie.

David Duran*

Malgré une semaine qui a vu le bilan de l’épidémie de coronavirus s’alourdir à 1775 décès sur plus de 71’000 personnes infectées, les marchés boursiers ont affiché de nouveaux gains hebdomadaires, notamment aux Etats-Unis où les indices S&P 500 et Nasdaq Composite se sont hissés à de nouveaux records historiques vendredi dernier. En parallèle, les marchés obligataires demeurent relativement stables, tiraillés entre la bonne tenue des actifs risqués et les perspectives du maintien de politiques monétaires accommodantes à long terme.

Jérôme Powell, président de la Réserve Fédérale, a encore eu l’occasion de conforter les investisseurs à l’occasion d’une audition semestrielle au Congrès la semaine dernière. Il a souligné la bonne forme de l’économie américaine, qui bénéficie d’un marché de l’emploi solide et d’une croissance régulière. Cependant, il a spécifié que l’épidémie de coronavirus constituait un risque pour la conjoncture et que si elle assombrissait notablement les perspectives économiques, la banque centrale y répondrait par un nouvel assouplissement monétaire. Cette prédisposition à soutenir la croissance à la moindre défaillance s’apparente à un «put» pour les marchés boursiers et constitue le catalyseur de la hausse des actions et du confinement des rendements obligataires à de faibles niveaux.

Pour l’heure, les indicateurs américains demeurent bien orientés. Les ventes au détail de janvier ont enregistrés une hausse de 0.3 % sur le mois et de 4.4 % sur un an tandis que l’enquête préliminaire de l’Université du Michigan signale une nouvelle progression de la confiance des ménages en février (indice à 100.9, au plus haut depuis mars 2018). Ces deux statistiques suggèrent que la consommation privée continuera d’alimenter la croissance du PIB américain au premier trimestre.

La production industrielle a certes reculé en janvier (-0.3 % mensuel, -0.8 % annuel) mais la baisse a été accentuée par deux phénomènes exceptionnels. D’une part, une douceur climatique extraordinaire a occasionné une production d’énergie réduite pour la saison. D’autre part, Boeing a abandonné la production des appareils 737 Max en raison de problèmes de sécurité récurrents. Le rebond de l’indice ISM publié en début de mois laisse tout de même penser que l’activité du secteur manufacturier devrait se stabiliser prochainement.

Du côté de l’inflation, l’indice des prix à la consommation pour le mois de janvier affiche une hausse de 2.5 % en glissement annuel (et de 2.3 % pour l’indice sous-jacent qui exclut l’énergie et l’alimentation). Bien que supérieurs à l’objectif de 2 % visé par la Fed, ces niveaux n’inquiètent probablement pas des gouverneurs qui se sont dits prêts à tolérer un dépassement dans l’optique d’un objectif symétrique. En outre, il est raisonnable de tabler sur un prochain reflux de l’inflation dans le sillage de la chute des prix du pétrole et de l’appréciation du dollar observées depuis le début de l’année.

En Europe, la situation conjoncturelle est moins brillante qu’Outre-Atlantique. La publication préliminaire du PIB de la zone euro fait état d’une progression anémique au quatrième trimestre (0.1 % trimestriel, 0.9 % annuel) en comparaison au rythme de croisière américain (0.5 % et 2.3 % respectivement). Cela étant, la situation est assez hétérogène: l’expansion des principales économies de l’Union s’inscrit en dessous de la moyenne (0 % en Allemagne, -0.1 % en France et -0.3 % en Italie) tandis que des pays comme la Roumanie ou la Hongrie affichent des taux de croissance trimestriels d’au moins 1 %.

A l’instar de l’Allemagne, le Royaume-Uni a pour également connu une stagnation du PIB au quatrième trimestre. Mais ce qui a davantage retenu l’attention de l’autre côté de la Manche la semaine dernière, c’est la démission surprise du ministre britannique des Finances Sajid Javid. Le nouveau chancelier de l’Echiquier, Rishi Sunak, devrait présenter le premier budget post-Brexit le 11 mars. Si Sajid Javid était un défenseur de la rigueur budgétaire, Rishi Sunak serait plutôt favorable à politique de relance budgétaire. Ce remaniement ministériel a d’ailleurs poussé les rendements britanniques à la hausse alors que les rendements en euro et franc suisse n’ont que légèrement fluctué sur la semaine écoulée.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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