Inflation: les scénarios extrêmes gagnent en probabilité

jeudi, 29.10.2020

Les grandes banques centrales devraient maintenir les taux directeurs à un niveau faible.

Joachim Fels*

Joachim Fels

La lutte contre la pandémie n’est pas encore gagnée, et d’autres facteurs perturbateurs, au nombre desquels l’ascension économique de la Chine, le populisme, les changements climatiques et l’évolution de la technologie, renforcent la probabilité de nouveaux chocs sur le marché. Eu égard à ce contexte économique et aux développements attendus sur les marchés financiers, les grandes banques centrales devraient maintenir les taux directeurs à un niveau faible, voire les réduire encore, sur les trois à cinq prochaines années.

Conséquences négatives

Des taux d’intérêt négatifs ne représentent toutefois qu’une décision désespérée aux conséquences négatives. Dès lors que les rendements obligataires sont déjà compressés, voire négatifs, et que les courbes des taux sont plates, il est tout à fait probable que davantage de banques centrales passent en territoire (encore plus) négatif lors de prochains chocs de marché et élargissent leurs achats d’actifs.

Néanmoins, malgré tous les efforts déployés, l’objectif d’inflation semble très ambitieux. La Fed et les autres banques centrales disposent certes de moyens largement suffisants pour soutenir les marchés en temps de crise, mais l’instrument nécessaire à la réalisation de l’objectif d’inflation, à savoir la politique budgétaire, leur fait défaut.

Un éventail plus large de scénarios

Il ne fait aucun doute que les politiques budgétaires mises en œuvre à travers le monde ont elles aussi évolué de façon inédite dans le sillage de la crise. Sur fond de programmes d’achats massifs d’obligations souveraines par les banques centrales, cette situation a donné lieu à un éventail plus large de scénarios possibles sur le long terme. À une extrémité du spectre, les programmes adoptés pendant la crise s’avèrent temporaires, et une politique neutre ou restrictive finit par être remise en place. Cela pourrait

être le fruit d’une impasse politique ou d’une reprise de la politique d’austérité. La primauté de la politique budgétaire observée actuellement, dans le cadre de laquelle la monétisation de la dette est dans l’intérêt des gouvernements et des banques centrales, serait alors passagère. L’inflation et les anticipations d’inflation évolueraient ensuite latéralement, voire toujours à la baisse, dans la mesure où les banques centrales seraient incapables à elles seules d’atteindre une inflation supérieure ou égale à l’objectif.

À l’autre extrémité du spectre, la politique budgétaire resterait expansive ou deviendrait plus expansive encore, et ce malgré une normalisation de l’économie. Dans ce scénario, la politique budgétaire prendrait durablement le pas sur la politique monétaire, dès lors que les banques centrales maintiennent les taux d’intérêt à un niveau faible et doivent monétiser les déficits publics, et ce même si l’inflation augmente.

Selon nous, la politique budgétaire de la plupart des grandes économies se situera entre ces deux extrêmes. À noter toutefois que chacun de ces scénarios extrêmes est devenu plus probable dans le sillage de la pandémie. Par conséquent, les scénarios d’inflation probables sont eux aussi devenus plus extrêmes et vont d’une déflation à une nette augmentation de l’inflation tirée par des mesures budgétaires. 

*PIMCO Global Economic Advisor






 
 

AGEFI



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