Les assurances n’aiment pas payer

mercredi, 26.06.2019

Céline Renaud*

Un mardi matin, j’ouvre mon courrier et m’étonne de voir une lettre adressée à titre privé de la part de mon assurance pertes de gains professionnelle. Dans celle-ci, ils m’indiquent avoir pris connaissance de mon dossier médical qu’ils ont soumis à leur médecin-conseil et m’informent avoir décidé à une date ultérieure, soit dans 10 jours, d’arrêter de payer, c’est-à-dire de se soustraire à leur obligation. 

Je suis sous le choc, car en tant qu’entrepreneure, c’est mon entreprise qui devra prendre le relais de cette assurance qui se soustrait ainsi de ses obligations contractuelles et donc payer. En quinze ans, c’est la première fois que notre société fait appel à eux pour une maladie longue durée.

Il faut savoir qu’en fin d’année dernière, j’ai eu deux atteintes successives dans ma santé avec un risque sur le pronostic vital. Je vais mieux, cependant, je n’ai de loin pas recouvert toutes mes facultés, notamment d’endurance. Je suis simplement en convalescence et chaque mois, je remonte légèrement mon taux d’activité. J’ai bien testé de faire plus mais à chaque fois avec une rechute. Même si j’ai très envie de travailler plus, ce n’est simplement pas possible, mon corps lâche. Ce qui me fâche au-delà de tout, c’est que l’assurance n’a même pas exigé de me faire voir ou parler avec un de leurs médecins-conseil. Dans leur lettre, ils disent juste se baser sur le rapport de mon médecin qu’ils ont soumis à leur médecin-conseil. Ce fameux rapport, je l’ai lu également et il parle clairement de mon incapacité partielle à reprendre mes activités, tout comme indiqué dans les rapports des autres spécialistes que j’ai dû consulter ces derniers mois.

Bouleversée par cette nouvelle, je fais le branle-bas pour demander à mon médecin de me défendre ainsi que d’écrire de la part de mon employeur, c’est-à-dire en l’occurrence les autres administrateurs car il serait malvenu que je signe cette lettre. Deux amies responsables de cabinets médicaux témoignent malheureusement de cas similaires de plus en plus fréquents. Je refuse de me laisser faire et relance les collaborateurs de cette assurance perte de gain toutes les semaines avec de nouvelles informations ou en leur demandant leur nouveau positionnement quant à ce sujet.

Le couperet tombe

Forte de remise en question, je me demande aussi si ce n’est pas dans ma tête et pendant une semaine, je tente de faire plus. Mais le couperet tombe immédiatement... Je vois tout tourner et l’infection est à nouveau présente dans le sang. J’arrête immédiatement...

Au bout de quelques semaines interminables d’allers et de retours, sans toutefois toujours n’avoir ni vu, ni parlé à leur médecin-conseil, leur nouvelle décision tombe: «Au vu des nouveaux éléments de mon médecin – rien de neuf en l’occurrence – ils reprennent le paiement de leurs obligations.» Et je leur dis encore merci! Je crois qu’ils ont simplement essayé et c’est à nous entrepreneurs de nous battre aussi contre ces assurances. Avoir un rapport médical ne suffit plus. Les assurances essaient de trouver tous les moyens pour ne pas payer. Leur but n’est pas d’accompagner et d’aider les entreprises, mais de chercher toutes les possibilités d’échapper le plus vite possible de leurs obligations. Surtout que nous, les entrepreneurs, ne sommes pas là pour «profiter» des assurances, mais juste de les utiliser dans les cas où il n’y a pas d’autre solution avec le but de ne pas mettre en danger notre société. Dommage dans un pays reconnu pour sa qualité d’assurances, c’est aussi devenu la jungle... Et moi un guérillero!

PS: Entre la rédaction et la publication de cet article, j’ai reçu une convocation pour un entretien avec un des médecins-expert de l’assurance, pour un rendez-vous dans «seulement» cinq semaines. À suivre...

*CEO et fondatrice JMC Lutherie SA






 
 

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