Apocalypse économique et rédemption boursière

lundi, 11.05.2020

Obligataire. Les actions poursuivent un rebond lié à l’activisme monétaire et à l’optimisme sanitaire. Tandis que les actifs risqués sont généralement assez bien orientés.

François Christen*

Les indicateurs conjoncturels sont apocalyptiques, mais les actifs risqués sont  généralement assez bien orientés. Les actions et les emprunts obligataires les plus risqués ont poursuivi leur redressement la semaine passée, alors que les obligations de première qualité ont cédé un peu de terrain. Aux Etats-Unis, le rendement du «T-Note» à dix ans s’est légèrement tendu, en passant de 0,65% à 0,7%. Peu significatif, ce frémissement ne remet pas en question le contrôle vigilant exercé par la Fed sur un marché des capitaux déséquilibré par l’explosion du déficit public et des volumes d’émissions de bons du Trésor.

Sans surprise, le rapport de l’emploi publié vendredi passé aux USA met en lumière un effondrement des effectifs: pas moins de 20,5 millions de postes ont disparu en avril (après 870.000 en mars)! Le taux de chômage a bondi de 4,4 % à 14,7 %, un niveau un peu plus faible qu’escompté mais il faut relever que plus 6 millions de personnes se sont  retirées du marché du travail (et ne sont pas considérées comme chômeurs). Le choc est sans précédent, toutes les créations d’emplois cumulées depuis 2009 ont été temporairement réduites à néant. L’augmentation marquée du salaire horaire moyen s’explique par des pertes d’emplois frappant plus durement les travailleurs moins qualifiés et peu rémunérés.

L’indice ISM consacré aux secteurs non manufacturiers a chuté de 52.5 en mars à 41.8 en avril. Les sous-indices mettent en lumière un recul de l’activité et de l’emploi plus prononcé. Assez largement escomptées, ces mauvaises nouvelles n’ont pas provoqué d’effroi sur les marchés financiers, où une majorité d’acteurs avaient prévu le pire en avril. Au bénéfice d’un soutien monétaire sans précédent, les investisseurs ont le regard tourné vers l’avenir, soit vers un redémarrage de l’activité qui a déjà débuté en Chine et qui s’étend progressivement aux pays européens.

Le test du déconfinement 

En Europe, le déclin du PMI des services est plus marqué qu’aux Etats-Unis: la jauge compilée par Markit est tombée de 26,4 en mars à 12 en avril – un niveau qui devrait constituer le point bas de la crise en cours. Les pertes d’emplois sont en revanche moins dramatiques qu’aux USA, car de nombreux employés ont été mis en congé (au chômage partiel), sans perdre leur poste. La différence de flexibilité sur le marché du travail entre les Etats-Unis et l’Europe n’a jamais été aussi flagrante que dans les circonstances actuelles.

La phase de déconfinement amorcée en Europe continentale et nordique, revêt une importance cruciale car elle fait figure de test. La reprise graduelle de l’école et l’assouplissement des contraintes rendus possible par le recul de la propagation du Covid-19 provoqueront-ils un redémarrage de la pandémie? La fameuse question de la «deuxième vague» n’est pas tranchée à ce jour, bien que les développements observés en Chine ou en Corée du Sud soient encourageants (malgré des vaguelettes peu significatives, mais très médiatisées).

Le déconfinement amplifié ce lundi 11 mai apportera des réponses quant au comportement des ménages privés. Les consommateurs auront-ils assez confiance dans leur avenir professionnel et sanitaire pour recommencer à fréquenter les commerces, les restaurants, acquérir une nouvelle voiture ou planifier des vacances coûteuses? La question est ouverte, et la réponse passe probablement par l’évolution épidémiologique que nous pourrons observer durant les prochaines semaines. 

Les leçons tirées de cette expérience seront attentivement suivies par les pays qui connaissent encore un grand nombre d’infections et de décès, tels que les USA et le Royaume-Uni où la décrue se révèle lente et insuffisante, ainsi que de nombreux pays où la crise sanitaire a débuté plus tardivement (Russie, Brésil, Inde pour citer les plus grands). 

Sur le front géopolitique, on observe une désescalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine après un petit accès de fièvre imputable aux attaques de Donald Trump. Cet apaisement précaire ne remet hélas pas en question la rupture profonde qui sépare les USA d’un Donald Trump, en quête de réelection, et la Chine de Xi Jinpin, en quête de suprématie. Occulté par cet agent pathogène qui occupe tout l’espace médiatique, cet antagonisme n’a pas fini de tourmenter les marchés financiers et d’affecter l’économie mondiale.

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI



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