L’insouciance boursière et la méfiance obligataire s’installent dangereusement

mardi, 03.09.2019

Les actifs risqués et les valeurs-refuge n’ont pas la même perception des risques de récession. L’optimisme des investisseurs est discutable.

François Christen*

Des indices boursiers bien orientés et des rendements toujours sous pression résument une semaine atypique, à l’intersection des régimes «risk on» et «risk off». La mise en œuvre, le 1er septembre, d’une taxe de 15% frappant plus de 110 milliards de produits chinois précédemment épargnés et la perspective de nouvelles augmentations dans un avenir proche semble indifférer les investisseurs qui persistent, envers et contre tout, à espérer un accord débouchant sur une normalisation des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

Capitalisme «démocratique» et «totalitaire»

L’optimisme des investisseurs et le crédit accordé à Donald Trump sont discutables, car l’enjeu géostratégique de l’antagonisme sino-américain est énorme. En deux décennies, la Chine a rattrapé une grande partie de son retard économique sur l’Occident à tel point qu’elle le devance désormais dans certains secteurs technologiques sensibles comme les télécommunications. 

Ce rattrapage accéléré et l’opposition entre capitalisme «démocratique» et capitalisme «totalitaire» génèrent des tensions qui sont aujourd’hui exacerbées par les personnalités de Donald Trump et de Xi Jinping. Il est donc hasardeux de miser sur une désescalade alors que les forces en présence s’écharpent à coup de taxes et de représailles, quand bien même il serait dans l’intérêt mutuel des Etats-Unis et de la Chine de trouver un accord... mais quel accord? Sous quelles conditions acceptables de part et d’autre?

Relâchement accru de la politique monétaire

En matière de statistiques, il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les enquêtes conduites auprès des consommateurs mettent en lumière une dégradation de la confiance plus ou moins sévère selon les sources (135,1 après 135,8 selon le Conference Board, 89,8 après 98,4 selon l’Université de Michigan). La progression de l’indice de prix des dépenses de consommation (1,4% en glissement annuel en août, 1,6% hors énergie et alimentation) plaide pour un relâchement accru de la politique monétaire, conformément aux signaux émis par Jerome Powell à Jackson Hole. 

Au menu de la semaine qui débute, les indices ISM et le rapport de l’emploi permettront de mieux jauger la santé de l’économie américaine et la posologie de la stimulation monétaire à venir. La structure des taux d’intérêt en dollars US préfigure une réduction cumulée du taux directeur (Fed funds) qui avoisine 1% à l’horizon 2021. La pente ascendante, au-delà de cinq ans d’échéance, est compatible avec une phase de reprise succédant à un épisode récessif. A peu près stable aux environs de 1,5%, le rendement du T-Note à dix ans présente un attrait considérable au regard des emprunts européens ou japonais, ce qui implique un potentiel d’appréciation non négligeable en cas de récession.

Dans l’attente d’un geste fort de la part de la BCE

En Europe, les rendements en euros ont encore fléchi. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans a cédé 3 points de base pour s’établir à -0,7%. Le rendement du «Schatz» à deux ans est tombé à -0,94% dans l’attente d’un geste fort de la part de la BCE, jeudi 12 septembre. Sur le marché des capitaux souverains, l’Italie se distingue dans la perspective d’un accord entre le Mouvement Cinq Etoiles et le Parti Démocrate qui consacrerait l’échec de la manœuvre de Matteo Salvini. La nouvelle coalition serait peut-être aussi bancale que la précédente, mais devrait conduire une politique plus euro-compatible, fiscalement moins téméraire. Le rendement du BTP italien à dix ans est ainsi tombé à 0,95%, conduisant le spread vis-à-vis du Bund allemand à 165 points de base (au plus bas depuis les dernières semaines du gouvernement de Matteo Renzi).

Les indicateurs récents font état d’une légère amélioration de la confiance et du climat des affaires à l’échelle de la zone euro. A ce stade, le modeste rebond des indices ne constitue pas un symptôme de reprise probant, mais suggère que la zone euro n’est pas à l’aube d’une récession en dépit de la méforme de l’Allemagne (PIB en recul de -0,1% au T2, imputable à un recul des exportations et des dépenses d’investissement). En première estimation, l’inflation annuelle a décéléré à 1% (0,9% hors énergie et alimentation), toujours bien loin de l’objectif symétrique proche de 2% visé par la BCE.

Le spectre du «Brexit sans accord»

Au Royaume-Uni, Boris Johnson a entrepris une manœuvre qui conduira à la fermeture du Parlement du 11 septembre au 14 octobre. Le spectre du «Brexit sans accord» apparaît de plus en plus probable, à moins que les parlementaires opposés à ce scénario ne s’accordent très rapidement pour faire tomber Boris Johnson et le remplacer par un gouvernement de coalition qui solliciterait un nouveau report de la sortie de l’UE. A deux mois de l’échéance, les perspectives restent confuses, mais pourraient se clarifier au cours des prochains jours. Dans cette attente, les taux d’intérêt en livres sterling demeurent sous pression et intègrent la perspective d’un assouplissement monétaire opéré par la Banque d’Angleterre.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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