Les groupes américains sont 30% plus rentables que les européens

vendredi, 12.05.2017

Les 300 plus grandes entreprises d’Europe affichent un recul du chiffre d’affaires en 2016, mais une légère hausse des marges. Roche et Nestlé parmi les entreprises affichant les meilleurs bénéfices du continent.

Avec un bénéfice opérationnel de 60 milliards de dollars US (soit près de 57 milliards d’euros), le fabricant de l’iPhone a réalisé un bénéfice aussi important que celui des cinq entreprises européennes avec les plus gros bénéfices réunies.

Les principaux groupes européens ont encore cédé du terrain par rapport à la concurrence américaine en 2016 : alors que les 300 groupes américains cotés en bourse avec le plus gros chiffre d’affaires ont augmenté leur chiffre d’affaires global de 1,2%, les principales entreprises européennes ont accusé un recul de 1,6%. Au niveau de la rentabilité aussi, les entreprises américaines augmentent leur avance selon une analyse récente de l’entreprise de conseil EY : la marge moyenne des entreprises américaines a augmenté de 0,8 point de pourcentage pour atteindre 12,7%. Les entreprises européennes ne dégagent en moyenne qu’une marge de 9,8%, soit une hausse de 0,2 point de pourcentage. Ainsi les entreprises américaines ont eu une rentabilité de près d’un tiers supérieure à la concurrence européenne l’année dernière et ont pu encore accentuer leur avance.

Marcel Stalder, CEO EY Suisse, explique : « L’une des raisons pour lesquelles les entreprises européennes présentent une rentabilité moindre en moyenne réside dans la répartition des branches. Ainsi la liste des entreprises américaines avec les plus gros bénéfices est menée par des leaders des secteurs des télécommunications et de l’informatique, du secteur pharmaceutique et des biotechnologies et du secteur plus rentable des services tandis qu’en Europe, on y retrouve davantage d’entreprises de l’économie traditionnelle. Avec Nestlé, Roche, Novartis, Syngenta, Swisscom et TE Connectivity, la Suisse est toutefois aussi représentée dans les secteurs plus rentables. »

Les groupes américains bénéficient selon lui aussi du plus grand marché intérieur, en plus de la composition sectorielle plus avantageuse. Marcel Stalder ajoute : « Les groupes américains peuvent clairement profiter de la taille du marché intérieur et de son uniformité. Le marché européen reste plus fragmenté. Les tendances nationalistes actuelles dans différents pays ainsi que le Brexit pourraient accentuer ce désavantage. »

Apple en tête en termes de bénéfices

Le classement des entreprises affichant les plus gros bénéfices montre à quel point les principaux groupes européens sont différents des entreprises américaines, notamment dans le secteur technologique et numérique : aux Etats-Unis, six groupes technologiques, câblo-opérateurs et fournisseurs d’accès à Internet figurent dans le Top 10, en Europe on trouve seulement Deutsche Telekom. Des deux côtés de l’Atlantique, Apple reste la référence : avec un bénéfice opérationnel de 60 milliards de dollars US (soit près de 57 milliards d’euros), le fabricant de l’iPhone a réalisé un bénéfice aussi important que celui des cinq entreprises européennes avec les plus gros bénéfices réunies.

70% des entreprises européennes ont augmenté leur bénéfice

Néanmoins, une petite majorité des entreprises européennes a augmenté son chiffre d’affaires l’année dernière, 70% ont même augmenté leurs bénéfices. Et 65% ont augmenté leur marge. Au total, les plus grandes entreprises d’Europe ont réalisé un chiffre d’affaires de 6,7 milliards d’euros pour un bénéfice opérationnel de 576 milliards d’euros, tandis que les groupes américains ont généré l’équivalent de 8,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour un bénéfice de 970 milliards d’euros – leur chiffre d’affaires est donc 25% plus élevé et leur bénéfice est même 68% plus important que la concurrence européenne. Matthias Bünte, Managing Partner Advisory de EY Suisse commente à ce sujet : « La grande avance des Etats-Unis en matière d’innovation et de création de valeur est la plus nette dans le classement des entreprises les plus rentables : alors qu’en Europe seules trois entreprises technologiques et pharmaceutiques arrivent dans le Top 10, elles sont huit dans la liste américaine ! »

L’Europe reste dominée par l’économie traditionnelle

En Europe, l’économie traditionnelle reste prédominante : 84 des 300 groupes affichant le chiffre d’affaires le plus important sont des entreprises industrielles (y compris l’industrie automobile). Aux Etats-Unis, seules 49 entreprises appartiennent à ce segment. A l’inverse, 31 entreprises informatiques se classent dans le Top 300 aux Etats-Unis, seulement 13 en Europe. Matthias Bünte explique : « Alors qu’en Europe, le Top 10 en termes de chiffre d’affaires comprend essentiellement des entreprises des domaines de l’industrie et de l’énergie avec une forte présence internationale, la liste américaine est beaucoup plus diversifiée en raison de la taille du marché. Ainsi on trouve aussi aux Etats-Unis des détaillants spécialisés, de grands distributeurs et des assureurs-maladie. »

Sept groupes suisses dans le Top 100 européen

Parmi les 100 entreprises cotées en bourse avec le plus haut chiffre d’affaires en Europe, on trouve à nouveau Glencore (5e place), Nestlé (9e), Roche (32e), Novartis (34e), ABB (60e), LafargeHolcim (74e) et Adecco Group (82e), sept entreprises suisses.

Huit groupes suisses figurent parmi les 100 entreprises d’Europe enregistrant le bénéfice le plus élevé : Roche occupe même la première place du classement européen des bénéfices, Nestlé la troisième. Novartis est au 12e rang du classement des bénéfices, ABB se place en 69e position, LafargeHolcim est 72e, Richemont 88e, Swisscom 96e et Syngenta 98e.

L’Europe profitera de la faiblesse de l’euro en 2017

Durant l’exercice en cours, la situation pourrait tourner en faveur des entreprises européennes selon M. Stalder, mais pour les entreprises suisses, la situation est plus compliquée : « La faiblesse du cours de l’euro favorisera surtout la croissance des entreprises fortement internationalisées dans la zone euro. Pour les exportations hors de Suisse, le franc fort reste un obstacle. Les entreprises manufacturières se sont certes préparées et ont fait leur travail, mais elles ne pourront guère profiter des effets des taux de change en 2017, contrairement aux entreprises des pays de la zone euro. »

Selon M. Stalder, la reprise économique qui s’accélère en Europe sera encore plus importante : « L’économie européenne connaît une embellie. Le chômage diminue, la confiance des consommateurs et dans la foulée aussi la propension à investir des entreprises augmentent. En outre, la politique de taux bas de la Banque centrale européenne offre aussi à la Suisse des liquidités importantes et des conditions avantageuses pour le financement d’investissements. Par ailleurs, les risques politiques restent élevés : des élections nationales auront lieu d’ici l’automne dans les trois principaux pays de l’UE – quatre peut-être avec l’Italie. »

A propos de l’étude

Pour cette étude, EY a analysé l’évolution du chiffre d’affaires et du bénéfice des entreprises européennes et américaines présentant le chiffre d’affaires le plus élevé en 2016 par rapport à l’année précédente. La conversion des monnaies de présentation des entreprises en euros a été effectuée sur la base de la valeur annuelle moyenne 2016. Les entreprises cotées sur deux Bourses sont intégrées dans l’analyse pour les deux pays. Les banques, assurances et sociétés d’investissement n’ont pas été prises en compte dans l’analyse. Pour éviter des distorsions, les entreprises qui ont effectué des rachats importants durant la période examinée n’ont pas été prises en compte dans les calculs de l’évolution du chiffre d’affaires et du bénéfice. Sources : S&P Capital IQ, rapports annuels ou trimestriels, communiqués de presse.


 

 
 



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