L’éolien et le solaire peinent à croître, le gaz sera indispensable

mercredi, 12.06.2019

Gregory Bovay*

Gregory Bovay

Malgré une stratégie énergétique très ambitieuse, la Suisse peine à trouver un rythme de croissance soutenu pour le développement de l’énergie éolienne et solaire.

Alors que le mix électrique suisse actuel est largement décarboné par rapport la grande majorité des pays européens grâce en premier lieu à notre production d’énergie hydraulique (60%), notre pays produit à peine 250 kilowattheures d’énergie solaire et éolienne par an et par habitant.

Tel est le constat de la Fondation suisse de l’énergie (SES) dans un récent rapport qui rappelle également que l’énergie solaire est certes en croissance continue, mais qu’elle n’assure pour l’heure que 3,5% de la production suisse d’électricité, tandis que l’énergie éolienne produit seulement 0,2% de notre courant.

Cette dernière source d’énergie peine particulièrement à s’installer dans notre pays, puisque seules 37 éoliennes sont en fonction actuellement et produisent annuellement l’équivalent de la consommation de 36.500 ménages. A titre de comparaison, l’Autriche qui, comme la Suisse, ne peut pas profiter d’installations offshore, est dotée de plus de 1’300 éoliennes permettant de couvrir plus de 10% de la consommation électrique du pays. 

Alors que la grande majorité des Autrichiens vivant à proximité d’une éolienne (85%) sont plutôt enclins à voir se construire de nouvelles machines de ce type, ce comportement détone avec celui de beaucoup de nos concitoyens qui souhaitent le développement du parc éolien, mais pas à côté de chez eux. Ce syndrome «not in my backyard» a pour effet de multiplier les oppositions et recours initiés par des privés et/ou des associations de défense de la nature par rapport à tout projet éolien. De plus, la nouvelle publication de l’Atlas des vents par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) affiche des vitesses inférieures dans la plupart des régions par rapport à sa précédente publication datant de 2016, ce qui rend encore un peu plus difficile le développement du parc éolien suisse.

Le potentiel hydraulique suisse étant presque atteint, l’éolien ne constituant pas une option politiquement réaliste, reste l’énergie photovoltaïque, qui ne cesse de croître au niveau mondial. D’autant que le coût du kilowattheure solaire produit sur de grandes installations helvétiques a été divisé par dix en moins de quinze ans pour atteindre 4,3 centimes l’an dernier, alors que celui produit sur les toits suisses coûte entre 8 et 15 centimes. Pourtant, malgré ces baisses de coûts, le potentiel solaire de la Suisse demeure considérable. On soulignera par ailleurs que, pour assurer la croissance du photovoltaïque, les entreprises suisses spécialisées dans le domaine ne comptent pas sur davantage de subventions, mais plaident pour une vraie stratégie de soutien, avec des conditions-cadres et des incitations favorables au développement de cette industrie, qui est et demeurera largement dominée par la Chine.

Cela étant, s’il est souhaitable de voir la croissance de l’énergie solaire s’accélérer, il s’agit de rester lucide: avec l’arrêt progressif de ses cinq centrales nucléaires, notre pays ne pourra pas se passer de l’énergie de transition que constitue le gaz naturel pour produire «en ruban» le courant nécessaire à une population de bientôt dix millions d’habitants.

* Centre Patronal






 
 

AGEFI



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