Mexique: un lieu sûr pour les investisseurs?

mardi, 05.03.2019

L’élection d’Andrés Manuel López Obrador a marqué une rupture. Ses plans mènent-ils vers un avenir stable?

Ben Robins*

L’entrée en fonction d’Andrés Manuel López Obrador, connu sous le nom d’Amlo au Mexique, a été initialement difficile. Les marchés ont paniqué après l’annulation de la construction du nouvel aéroport international de Mexico et les détenteurs des 6 milliards de dollars d’obligations aéroportuaires se sont disputés. Lorsqu’Amlo a pris le pouvoir en décembre, la monnaie nationale est tombée à 20 pesos pour un dollar et la banque centrale mexicaine a relevé ses taux d’intérêt à 8,25%, le plus haut niveau depuis plus d’une décennie. Dans le même temps, certains analystes ont abaissé leurs prévisions de croissance du PIB pour 2019 à 1%.

Toutefois, les distorsions du marché ont eu un effet positif sur la nouvelle administration. A mi-décembre, le gouvernement a présenté un budget pour 2019 qui prévoyait un excédent primaire de 1% du PIB et aucun nouvel impôt. Par conséquence, le peso s’est stabilisé et les marchés ont commencé à se redresser. Les investisseurs ont aussi montré au gouvernement une confiance anticipée et ont sursouscrit un placement de 2 milliards de dollars en dette souveraine à fin janvier.

Le Mexique a actuellement de bonnes références à l’international. L’affaiblissement du dollar et la trêve des hausses de taux d’intérêts de la Réserve fédérale américaine entraînera moins de pression sur la banque centrale mexicaine Banxico et pourraient ouvrir la voie à une politique monétaire moins restrictive au cours des prochains mois. Le Mexique est le troisième partenaire commercial des Etats-Unis et a réalisé un excédent de 67 milliards de dollars américains en 2018 avec son principal voisin.

De nombreuses variables incertaines

Il y a cependant de bonnes raisons de douter de la capacité du nouveau gouvernement à mettre en œuvre le programme du président. Par exemple, il n’est pas certain qu’il réussira à instaurer l’agenda social progressiste sur lequel sa popularité est fondée. Pour lutter contre la criminalité et le chômage des jeunes, qui vont souvent de pair, il a promis de créer 2,6 millions d’emplois grâce à un programme de formation. Mais jusqu’à présent, le secteur privé n’a offert que quelques milliers de stages. De même, les plans d’investissement et de croissance du gouvernement dépendent essentiellement de l’appui du secteur privé, qui est encore rare face à cette situation mitigée.

Les risques sont aussi présents au-delà des frontières nationales. Les économies du Mexique et des Etats-Unis sont étroitement liées – pour le meilleur et pour le pire. Il est vrai que le resserrement monétaire plus souple de la Fed pourrait donner un certain répit à l’Etat aztèque. Mais un éventuel ralentissement économique aux Etats-Unis à un moment où la politique budgétaire est en perte de vitesse pourrait annoncer des temps plus durs pour les deux parties.

Un point d’interrogation subsiste notamment sur l’accord Nafta (entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada) renégocié, il n’a pas encore été ratifié par les pays participants. Si la Chambre des représentants des Etats-Unis, sous contrôle démocrate, soumet le traité révisé à un débat prolongé, le climat des affaires au Mexique et à l’égard du Mexique pourrait en souffrir.

Il y a beaucoup de promesses que vous pouvez apprécier dans l’agenda d’Amlo: l’austérité fiscale, l’augmentation des investissements, et son objectif de réduire la pauvreté et le chômage chez les jeunes. Malgré toutes les questions restées sans réponse, il disposera probablement d’un délai de grâce plus long que la plupart des observateurs ne le prévoient. Certains l’appellent déjà le «Messie tropical». 

Sa position dominante dans les deux chambres du Congrès donne à son pouvoir exécutif peu de mécanismes de contrôle et de compensation. Néanmoins, nous voyons deux risques majeurs: ses programmes sociaux pourraient échouer et ses grands projets d’infrastructure ne pourraient jamais voir le jour. Si la corruption, la criminalité et la violence continuent d’augmenter, le peuple pourrait aussi se retourner contre le président. La question est de savoir comment Amlo réagira sous pression.

* Spécialiste marchés émergents obligataires, T. Rowe Price






 
 

AGEFI



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