L’égalité entre les sexes: un critère d'investissement à part entière

lundi, 24.06.2019

Julie Bech*

Julie Bech, co-gérante de la stratégie Global Gender Diversity, Nordea Asset Management.

En 2015, les Nations unies ont adopté 17 objectifs de développement durable; le cinquième est l’égalité entre les sexes. Cet objectif sert non seulement une cause digne, mais se justifie économiquement. Promouvoir le travail des femmes ainsi que la progression du nombre de femmes à des postes de responsabilité relève du bon sens commercial.

Afin de répondre à cet objectif, Nordea AM a lancé la stratégie Global Gender Diversity début 2019. Cette solution investit dans des entreprises où la représentation des hommes et des femmes est plus équilibrée et qui intègrent d’autres critères ESG. En excluant notamment les sociétés impliquées dans la violation des lois et des normes internationales sur la protection de l’environnement, les droits de l’homme et les conditions de travail.

Pour ma part, je suis convaincue que la diversité hommes-femmes contribue à la rentabilité. Cette diversité constitue un enjeu social mais est aussi corrélée aux bons résultats des entreprises. Dans les pays développés à la population vieillissante, comme le Japon, les études montrent qu’une plus grande diversité hommes-femmes au sein de la main-d’œuvre stimule la croissance. Le capital humain peut constituer un réel atout pour les entreprises, d’autant qu’il est difficilement imitable par les concurrents.

Les entreprises sont toutes en quête de talents. Elles disposent ainsi d’un avantage concurrentiel sur les autres sociétés qui n’auront pas le même potentiel de croissance. Et les entreprises qui fondent les évolutions de carrière sur des critères objectifs seront mieux placées pour retenir leurs meilleurs talents et favoriser leur développement.

Dans certaines sociétés, comme L’Oréal, Mariott Group ou Visa (différentes positions de notre stratégie Global Gender Diversity), une main d’œuvre diversifiée reflétant de plus près la démographie de la clientèle peut contribuer à mieux cibler la communication avec ces derniers, et ainsi améliorer le résultat.

D’après mes critères, une société atteint la diversité hommes-femmes si ces dernières représentent au moins un tiers des cadres supérieurs. Si l’équipe constate une amélioration de la diversité et de la politique en sa faveur dans une entreprise, celle-ci peut être incluse dans l’univers d'investissement. Nordea AM ne s’intéresse pas aux entreprises exclusivement féminines dans la mesure où elle privilégie la diversité. Les critères ESG sont intégrés dans notre analyse fondamentale. Le but est d’éviter les sociétés dont la performance est susceptible de souffrir d’une évolution rapide des tendances réglementaires, environnementales, démographiques ou technologiques. Les sociétés notées C- par notre modèle propriétaire sont exclues.

Avec mon équipe, nous effectuons un premier tri de l’univers en utilisant leur filtre de liquidité et les paramètres d’équilibre hommes-femmes de Bloomberg. L’équipe effectue tant des évaluations quantitatives (valorisation, croissance, qualité et résultats) que qualitatives. Le portefeuille final comprend 80 à 100 sociétés. Cette stratégie permet aux clients d’obtenir des rendements solides tout en ayant une influence positive en contribuant à la réalisation d’objectifs de développement durable liés à la diversité. Les entreprises qui ont aujourd’hui la volonté et la capacité de mobiliser des ressources supplémentaires pour garantir la diversité de leurs effectifs retireront demain un bénéfice de ces mesures.

*  Co-gérante de la stratégie Global Gender Diversity, Nordea Asset Management






 
 

AGEFI



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