Les futures sur WTI s’en sortent de justesse

dimanche, 26.04.2020

L’effondrement de la demande a poussé le régulateur à imposer des mesures de protection aux exchange-traded funds répliquant la performance des contrats à terme sur le pétrole.

Levi-Sergio Mutemba

La demande de pétrole, en particulier de la part des raffineurs, s’est effondrée. Ce qui ne manque d’exacerber l’excès de l’offre globale, au point de saturer les lieux de stockage. Avec une visibilité macroéconomique réduite, il est difficile, même pour les investisseurs ou traders à contre-courant, de se positionner à l’achat. L’industrie des fonds négociables en bourse a ainsi dû recourir à des ajustements exceptionnels pour répondre au nouveau régime de volatilité.

Volatilité qui a créé une situation de contango ou de report, définie par des cours des contrats à terme d’échéance rapprochée nettement inférieurs à ceux d’échéance plus éloignée. Une situation de super-contango est celle où cet écart est particulièrement élevé. En temps normal, ce spread ne dépasse pas quelques centimes de dollar, voire deux ou trois dollars au maximum. Aujourd’hui, au 24 avril 2020, même après le rebond des futures expirant au mois de mai (le contrat rapproché ou front-month), l’écart entre juin et décembre est d’un peu plus de 10 dollars.

L’entrée en territoire négatif des cours du pétrole la semaine dernière, lorsque le contrat à terme sur le WTI arrivant à échéance en mai s’échangeait à -40 dollars, a failli mettre à mal les ETF pétroliers. Le plus gros d’entre eux par la taille des actifs sous gestion, l’United State Oil Fund (USO), avait cependant déjà pris des mesures pour éviter de se retrouver dans une situation où le fonds aurait dû rémunérer les investisseurs pour détenir des parts.

USO investit normalement l’intégralité de son capital strictement dans des contrats à terme front-month, c’est-à-dire du mois en cours. Mais le 17 avril, les administrateurs du fonds USO ont notifié la Securities & Exchange Commission (SEC) que le fonds investirait au moins 40% dans le contrat à terme arrivant à échéance en juin cotés au NYMEX à New York et à l’Intercontinental Exchange (ICE) à Londres. Vendredi 24 avril, l’USO est allé plus loin dans ses ajustements en annonçant qu’il serait investi à hauteur de 20% seulement dans les futures arrivant à échéance en juin, 50% dans les contrats de juillet, 20% dans ceux arrivant à échéance en août et 10% dans les contrats du mois de septembre.

Des ajustements sans impact majeur pour les traders

Ces mesures ne visent pas seulement à répondre aux turbulences de marché mais également à des exigences réglementaires liées à l’obligation de maintenir une liquidité suffisante. De fait, en vue de protéger les investisseurs – du moins les investisseurs acheteurs par opposition aux vendeurs à découvert – les bourses ont imposé des limites quant au volume de détention des contrats front-month. Lundi dernier, lors de la chute en territoire négatif des cours du brut, le cours de l’USO avait en effet atteint la limite baissière quotidienne («circuit breaker») autorisée par les bourses, déclenchant ces mesures réglementaires.

Jeudi 16 avril, le Chicago Mercantile Exchange (CME), où sont négociés les principaux contrats à terme sur matières premières, a en effet requis que le United States Commodity Funds (USCF), émetteur de l’USO, que celui-ci limite à 150.000 le nombre de contrats pour livraison en juin pouvant être détenus par l’ETF en question. Dans une autre lettre adressée par le CME à la société USCF le 23 avril, moins d’une semaine après la première injonction, l’opérateur de bourse américain a réduit cette limite à 15.000 contrats pour livraison en juin, tout en ajoutant une limite de 78.000 contrats pour livraison en juillet, 50.000 contrats pour livraison en août et 35.000 contrats arrivant à échéance en septembre.

Enfin, à partir de demain, mardi 28 avril, USO divisera par huit le nombre de parts de fonds en circulation, ce qui multipliera mécaniquement par huit la valeur unitaire de celles-ci, sans que cela n’affecte en rien la valeur globale du fonds. Une procédure appelée reverse split, en l’occurrence de 1 pour 8. Notons que pour les investisseurs détenant un nombre de parts ne correspondant pas exactement au multiple du reverse split recevront des fractions de parts. Mais comme les fractions ne sont pas autorisées au négoce sur les plateformes boursières, une compensation en cash leur sera versée.






 
 

AGEFI



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