Leadership: réussir la transformation digitale

lundi, 29.04.2019

Daniel Held

Daniel Held, Directeur, PI Management.

Il est évident que toute entreprise doit passer par la digitalisation. Mais le principal défi n’est pas technologique. Le terme de transformation digitale est dans toutes les bouches. La technologie a envahi nos entreprises comme nos vies. Les solutions innovantes sont partout. Tous les processus de l’entreprise se transforment: emplois, contenus des activités, manières de réaliser le travail et de créer de la valeur.

La digitalisation – on parle souvent d’industrie 4.0 - décrit un monde robotisé, connecté et intelligent. Ces termes décrivent trois réalités différentes et complémentaires, qui sont trop souvent confondues:

- Robotisé: toutes les activités répétitives et à faible création de valeur, où un robot, dont le comportement est constant et supporte la répétitivité sans se fatiguer, fait souvent mieux et plus vite que l’Homme;

- Connecté: les clients, collaborateurs, partenaires sont interconnectés et peuvent interagir en temps réel, pour communiquer, acheter/vendre, négocier, donner du feedback, etc. Le connecté modifie la création de valeur, les attentes, la manière de faire des affaires;

- Intelligent: c’est le vrai défi de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour rendre l’Homme plus performant et plus indispensable, car plus intelligent sur la base des informations que lui apportent les systèmes informatiques.

Les défis concernent un peu la robotisation, qui est inévitable dès que la baisse des coûts rend le robot plus avantageux que l’Homme. Il faudra bien sûr anticiper les tendances, mettre en place des programmes de reconversion et réorienter les personnes vers des activités que le robot ne fera pas mieux que l’Homme. Ils concernent la connectivité, parce que cela modifie la manière de recruter, de vendre, de collaborer, de diriger. La connectivité donne des informations et retours en direct, mais permet aussi à l’autre partie de communiquer, de dire sa déception ou son désaccord. Ils concernent surtout l’utilisation intelligente de l’IA. D’ici peu, il ne sera plus possible d’être médecin, avocat, CEO ou DRH sans s’appuyer sur l’IA. Ceux qui penseront pouvoir s’en passer seront très vite «largués» par la concurrence ou remplacés pour de vrai par des machines, qui auront l’avantage d’avoir plus de connaissances et moins d’états d’âme.

L’IA va permettre d’accéder à des informations que nous n’avons pas (diagnostics, thérapies, aides à la décision, etc). Les solutions d’IA qui sont attendues sont des solutions qui feront mieux que l’Homme certaines choses (p.ex. la mesure de paramètres et la mise en commun des informations), mais surtout qui permettront à l’Homme de prendre pleinement sa place, de donner du sens, de mettre les choses en perspective, d’arbitrer les propositions, de faire valoir une expérience, une intuition, un talent particulier.

L’essentiel des investissements vont dans les deux premiers domaines. Or, le vrai défi se trouve dans le troisième, où il s’agit à la fois de trouver les solutions adaptées pour faciliter la décision, l’action, l’accompagnement et de permettre à l’Homme de grandir, de progresser dans sa sensibilité, son intelligence émotionnelle, sa capacité à offrir une vision, du sens, du recul. Il s’agit aussi de donner à chacun sa place, sa dignité, sa responsabilité dans la conduite de sa vie (santé, carrière, développement, etc).

Les démarches de transformation qui réussiront ne seront pas technologiques. Elles viseront à remettre la création de valeur et le sens au centre, avec l’aide de la technologie. En d’autres termes, il s’agit de tout faire pour que l’environnement de travail du futur reste stimulant, valorisant, où l’Homme plus que jamais joue un rôle clé, pour lequel il s’agit de le préparer. Et cette préparation, tout comme l’accompagnement et le leadership, n’ont plus rien à voir avec ce qu’on fait encore partout. Les outils d’évaluation, méthodes d’apprentissage et d’évaluation des performances, environnements de travail, formations seront totalement différents. C’est là que les innovations sont attendues. Certaines existent déjà. La plupart restent à inventer. Aux professionnels d’accepter de lâcher ce qui les retient dans l’«ancien monde» pour s’ouvrir au nouveau. C’est peut-être là que la résistance au changement sera la plus forte.

Daniel Held, Dr. Sc. Econ., est dirigeant fondateur de PI Management, Empowering for change, spécialisé dans l’évaluation, le développement, le leadership de talents et l’accompagnement du changement. Partenaire international Saville Assessment. Enseignant en haute école et auteur de plus de 250 articles RH, Leadership et Changement. piman.ch – dheld(at)piman(point)ch

* Directeur, PI Management






 
 

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