Annulation du vote de Moutier: les réactions

lundi, 05.11.2018

Le vote de Moutier sur son transfert dans le canton du Jura est annulé. Réactions de la préfète du Jura bernois, des autonomistes et des recourants.

La préfète du Jura bernois, Stéphanie Niederhauser, a rendu sa décision sur l'ensemble des griefs soulevés dans les sept recours déposés contre le vote de Moutier. (keystone)

La préfète du Jura bernois, Stéphanie Niederhauser, a relevé qu'"une propagande non admissible" était à l'origine de l'invalidation du transfert de Moutier dans le canton du Jura. Les autorités de la cité prévôtoise sont épinglées.

"A elles seules, les interventions de la Commune municipale de Moutier et du maire avant la votation justifient l'annulation de celle-ci", écrit lundi matin la préfecture du Jura bernois dans un communiqué.

>> Lire aussi: Annulation du vote de Moutier sur son appartenance cantonale

Si la préfète a reconnu que les autorités communales avaient le droit de prendre position, elle a estimé qu'elles auraient dû "respecter les principes de proportionnalité, d'objectivité et de transparence".

Selon elle, les interventions des autorités de Moutier "doivent être assimilées à une propagande non admissible, car susceptible de fausser l'opinion des électeurs."

Pour justifier sa décision, la préfète a également expliqué que des "problèmes de tourisme électoral, de domiciliations fictives et de manquements graves dans l'organisation du scrutin" étaient intervenus lors du vote du 18 juin 2017.

Stéphanie Niederhauser a considéré ces vices comme "importants" et, du coup, décidé d'annuler la votation. Sans ces vices, "elle (ndlr: la préfète) ne saurait exclure que le résultat du vote aurait pu être différent", selon communiqué.

"Nous n'accepterons jamais cette décision"

"L'annulation du vote est une décision politique et pas juridique", a dénoncé le chef de campagne de "Moutier ville jurassienne", Laurent Coste. Les autonomistes feront très vraisemblablement recours contre cette décision.

"Le canton de Berne, au travers de son bras armé la préfecture, a annulé le vote", a souligné Laurent Coste. Le chef de campagne de Moutier ville jurassienne estime que le canton de Berne veut récupérer Moutier sur le "tapis vert".

"Nous allons vraisemblablement porter l'affaire devant le Tribunal cantonal administratif", a ajouté Laurent Coste visiblement marqué par ce verdict. En attendant, le responsable de "Moutier ville jurassienne" et président du MAJ appelle tous les militants autonomistes à conserver leur calme.

Pour le mouvement de lutte, il s'agit d'une manipulation émanant de "milieux humiliés par une défaite qu'ils n'attendaient pas". "Nous n'accepterons jamais cette décision", a répété le secrétaire général du MAJ Pierre-André Comte qui a estimé que la Confédération a fait preuve de complaisance envers les milieux pro-Bernois.

Décision courageuse, selon les recourants 

Les recourants, des citoyens antiséparatistes de la ville de Moutier, ont pris acte avec satisfaction de l'annulation du vote du 18 juin 2017. Ils estiment qu'il s'agit d'une décision courageuse de la préfecture du Jura bernois.

"Ces derniers temps, de nombreuses tentatives d'intimidation, voire menaces ont été distillées par voie de presse", soulignent les recourants dans un communiqué. "On a ainsi entendu parler de volcan qui se réveillerait, d'émeutes, de braises qu'on allait attiser. Ces propos aussi intimidants soient-ils n'ont pas influencé la décision préfectorale."

Pour les recourants, qui ont contesté le vote du 18 juin 2017, la décision de la préfète est une victoire citoyenne. Ils estiment qu'il s'agit d'une victoire de la démocratie.

"On ne peut pas parler de victoire", selon Marc Tobler

Pour Marc Tobler, conseiller municipal UDC de Moutier, "on ne peut pas parler de victoire", par rapport à la décision de la préfète d'annuler la votation sur le rattachement de la ville prévôtoise au Jura. "C'est une première étape".

"La justice est faite", a déclaré lundi Marc Tobler. Le conseiller municipal anti-séparatiste a ajouté que "c'est un soulagement mais on ne crie pas victoire".

Le processus va encore prendre des années, vu les recours qui iront vraisemblablement jusqu'au Tribunal fédéral (TF). "C'est compliqué de vivre avec cette incertitude mais on n'en serait pas là, si les choses avaient été faites de manière juste", a ajouté Marc Tobler.

Manfred Bühler appelle à la démission des autorités de Moutier 

Le vote du 18 juin 2017 sur le sort de Moutier a été entaché de "magouilles", estime le conseiller national (UDC/BE) pro-bernois Manfred Bühler. Il demande la démission des autorités de la cité prévôtoise.

Manfred Bühler adresse ainsi de vives critiques envers les autorités de Moutier. A ses yeux, celles-ci "se sont totalement discréditées". Et de préciser que le 25 novembre auront lieu les élections communales.

Selon lui, "on a abusé de la démocratie lors de la votation de juin 2017".  "La balle est désormais dans le camp de la justice bernoise, puis du Tribunal fédéral", a-t-il ajouté.

Si les juges de Mon Repos décident de l'invalidité du vote de juin 2017, "il ne doit pas y avoir de nouveau vote". Les autorités de Moutier ne "méritent pas cette deuxième chance".

Le maire de Moutier se dit sidéré 

"C'est une ignominie", a déclaré le maire autonomiste de Moutier Marcel Winistoerfer en commentant la décision de la préfète d'annuler le vote de la cité prévôtoise. "Une nouvelle affaire jurassienne est engagée", a-t-il ajouté à titre personnel.

Le maire a eu des mots très durs envers le gouvernement bernois et la décision de la préfecture du Jura bernois. "C'est totalement impensable, c'est totalement incompréhensible, je suis sidéré", a-t-il martelé devant des dizaines de journalistes.

"J'ai mal, très mal à la Suisse, à mon pays", a déclaré Marcel Winistoerfer qui se présente pour un nouveau mandat le 25 novembre face à un candidat antiséparatiste. Il promet de ne rien lâcher. "La justice finira par gagner", a lancé le maire autonomiste.

Mis en cause dans l'un des recours acceptés par la préfète Stéphanie Niederhauser pour avoir tenu des propos en faveur du transfert dans le canton du Jura, le maire estime n'avoir fait que corriger des "mensonges" du gouvernement bernois. "Les tricheurs sont du côté bernois", a-t-il souligné à titre privé dénonçant une décision politique.

Simonetta Sommaruga lance un appel au calme 

Après l'invalidation de la votation du 18 juin 2017 sur l'appartenance cantonale de Moutier, Simonetta Sommaruga lance un appel au calme, tout en prenant acte.

"Cette décision n'est pas encore finale: comme il se doit dans un Etat de droit, elle est susceptible d'un recours au Tribunal administratif bernois, puis, cas échéant, au Tribunal fédéral", écrit le Département fédéral de justice et police (DFJP) dans un communiqué.

La Confédération, qui a un rôle de médiation, reste impliquée dans le dossier jurassien comme elle l'a toujours été depuis plusieurs décennies, explique la conseillère fédérale. Elle a pris plusieurs initiatives dans le cadre des Conférences tripartites Jura pour calmer les tensions observables à Moutier ces derniers mois.

Une Charte Prévôtoise, adoptée par les gouvernements bernois et jurassien début octobre 2018, a été et peut toujours être signée par toute personne attachée au respect du dialogue politique et citoyen, rappelle Simonetta Sommaruga.

Cette dernière signale par ailleurs qu'une prochaine conférence tripartite Jura qui se tiendra en novembre encore. (ats)






 
 

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