Le vent tourne aux Etats-Unis

mercredi, 08.07.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

À moins de 120 jours des élections américaines prévues le 3 novembre, il est peut-être trop tôt pour se prononcer sur les résultats. Quoi qu’il en soit, selon une étude du Pew Research Center, il est d’ores et déjà évident qu’un séisme s’est produit en juin, plaçant le président sortant en grande difficulté.

En avril 2020, 31% des américains pensaient encore que les choses allaient plutôt bien dans leur pays. En juin, ils n’étaient plus que 12%. Ce sentiment qui animait 55% des votants républicains en avril ne persistait que chez 19% d’entre eux en juin alors qu’au sein des votants démocrates, la proportion passait de 10% à 7% durant la même période. En outre, parmi les américains interrogés, 71 % disent éprouver de la colère face à la situation du pays en ce moment et 66% ressentent de la peur. Seuls 17% sont encore fiers de leur pays (25% des Républicains et 10% des Démocrates).

Au niveau des intentions de vote, 54% des votants enregistrés voteraient pour Joe Biden si l’élection avait lieu aujourd’hui, contre 44% des voix qui iraient à Donald Trump. Cette avance est importante et dépasse la marge de 3% qu’avait Hillary Clinton en 2016. Les intentions de vote en faveur au vice-président sont toutefois fragiles car seuls 33% de ses supporters disent le soutenir franchement, et 67% des votants lui donneront leur voix surtout pour marquer leur opposition à Donald Trump. Le président sortant a l’avantage de pouvoir compter sur 76% de fervents supporters. Toutefois, 53% des personnes sondées pensent que Donald Trump est un mauvais ou un terrible président, contre 43% pour Joe Biden. L’écart se creuse encore quant à savoir quel candidat se préoccupe le plus des gens «ordinaires», avec 54% des voix pour Joe Biden contre 41% pour Donald Trump.

Actuellement, 39% des personnes interrogées approuvent la manière dont Président Trump gère son rôle alors que 59% la désapprouvent. Ce mécontentement domine dans toutes les strates de la population (démographie, appartenance politique) sauf parmi les personnes âgées de 65 ans ou plus dont les avis sont mitigés (48% approuvent, et autant désapprouvent).

Autre évolution notable: l’optimisme concernant l’avenir qui est en hausse au sein des populations afro-américaines et latines, tandis qu’il stagne parmi les Blancs.

Ce séisme rappelle l’élection de Jimmy Carter en 1976. Le pays venait de voir Président Nixon démissionner suite au scandale du Watergate. Face à Gerald Ford, candidat républicain pénalisé par son indulgence à l’égard de Richard Nixon et par une économie en perte de vitesse, on aurait pu penser que le candidat démocrate gagnerait facilement. Mais Jimmy Carter a remporté l’élection avec 297 votes contre 240 pour Gerald Ford dans le Collège électoral, remportant le vote populaire avec une marge d’1.8 millions de votes. Un tel résultat semble réalisable cette année, considérant le taux de participation de 53.6% relativement bas en 1976 par rapport à celui de 58.2% en 2008, quand Barack Obama a gagné. Il semble en effet que plus le taux de participation est élevé, plus les voix favorisent le parti démocrate.

Ainsi, le plus grand risque pour Joe Biden serait que ses supporters ne puissent pas ou soient découragés d’aller voter, comme on a déjà pu l’observer cette année. En effet, une vague de suppressions de lieux de vote a notamment obligé nombre de votants à faire la queue pendant des heures. Cela dit, à défaut de nouvelles secousses, le vent semble bien avoir tourné. 

*Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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