Au temps emporte les rendements

vendredi, 14.07.2017

Le total d’obligations à rendement négatif a chuté à $6'500 mds alors qu’il se situait à plus de $12'000 mds après le Brexit.

Gianni Pugliese*

Les banques centrales commencent à penser «normalisation». (Keystone)

Les banques centrales ont commencé à prévenir que l'ère du stimulus approche de la fin. Le marché prend acte et le stock de la dette à rendement négatif diminue. La vague de vente qui a débuté au mois de juin a eu un impact notable au sein de l'indice Bloomberg Barclays Global Aggregate. Ainsi, le total d’obligations à rendement négatif a chuté à $6'500 mds alors qu’il se situait à plus de $12'000 mds après le référendum sur le Brexit (juin 2016). En termes de proportion, le montant actuel représente environ 14% de l'indice, un plus bas depuis 18 mois. Comment lire cette évolution?

Depuis 2008, les autorités monétaires ont répondu aux crises successives en réduisant leurs taux à des niveaux sans précédent. Les trois plus grandes banques centrales sont allées plus loin avec des programmes d’achats d'actifs qui, combinés, ont gonflé leurs bilans cumulés à $14'000 mds. Résultat, les rendements ont baissé sur toute la longueur des courbes gouvernementales et sont même devenus négatifs en Europe et au Japon.

A présent, la reprise économique devenant plus soutenue, les banques centrales commencent à penser «normalisation de la politique monétaire et réduction de bilan». Les marchés obligataires pourraient progressivement retrouver leur mode de fonctionnement d’avant crise et la pentification des courbes favoriser les fonds de pension et les banques, qui ont besoin de rendements à long terme plus élevés pour prospérer. Il y a des prémices. La Banque Centrale du Canada vient de relever ses taux (12/07) pour la première fois depuis 2010 (+25bp à 0.75%) et devient par conséquent la première banque centrale du G7 à suivre la Fed. Une étape vers la synchronisation?

Pas facile de répondre, d’autant plus que les décisions à venir des banques centrales dépendront des données économiques futures. Plus spécifiquement, le retour à la «normalité» sur les marchés obligataires n’est pas pour tout de suite dans la mesure où le stock de dette à rendement négatif reste supérieur aux dettes cumulées de l'Italie et de l’Allemagne. Idem sur les Etats-Unis où, bien qu’en augmentation, le «term premium» sur les bons du Trésor US à 10 ans reste négatif, indication que les investisseurs ne demandent pas de rémunération supplémentaire pour prendre le risque de posséder une maturité plus longue.

En conclusion, la perspective de normalisation des politiques monétaires soulève des inquiétudes. Les marchés obligataires seront-ils prêts lorsqu’il faudra faire face à un environnement plus restrictif? D’ici-là, plus le ton des banques centrales deviendra «hawkish», plus le stock de dette à rendement négatif diminuera.

* Mirabaud et Cie


 

 
 



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