Le timbrage n’est que l’une des variables d’une équation complexe

jeudi, 10.10.2019

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

L’Université de Genève a évalué l’impact des mesures d’accompagnement sur la durée du travail effectif et le stress, en particulier. Résultat: les personnes qui ne timbrent pas travaillent plus longtemps. Au-delà des chiffres, cette thématique soulève un vrai débat de société.  

Les personnes qui renoncent à enregistrer leur temps de travail ou qui effectuent un enregistrement simplifié travaillent plus longtemps et ont plus fréquemment des horaires atypiques. Telle est la conclusion d’une étude que l’Université de Genève a réalisée sur mandat du Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Selon cette dernière, les travailleurs qui ont renoncé au timbrage travaillent 45,6 heures en moyenne contre 41,8 heures pour les travailleurs au bénéfice de l’enregistrement simplifié et 39,6 heures dans le cas d’un enregistrement systématique du temps de travail. 

Depuis plusieurs années, on tend à supprimer l’obligation de timbrer ou à en simplifier la procédure. Une révision législative fédérale a d’ailleurs introduit, le 1er janvier 2016, un régime dérogatoire. L’article 73a de l’Ordonnance 1 relative à la loi sur le travail prévoit ainsi la possibilité de ne plus enregistrer le temps de travail pour les employés touchant un salaire brut annuel de plus de 120.000 francs et disposant d’une grande autonomie dans l’organisation de leur travail, y compris dans l’aménagement de leurs horaires.

Le SECO note que l’étude «ne permet pas d’observer un lien direct entre la modalité d’enregistrement du temps de travail et l’exposition à un risque de stress important. Cependant, l’absence de mesures d’accompagnement dans l’entreprise et l’insatisfaction vis-à-vis du mode d’enregistrement des heures de travail sont significativement corrélées avec un niveau de stress élevé.» Par ailleurs, ceux qui renoncent à timbrer ne sont pas en moins bonne santé et ne sont pas davantage stressées que les personnes qui enregistrent systématiquement leur temps de travail, dès le moment où leur entreprise introduit des mesures d’accompagnement. Le management joue donc un rôle important dans ce processus.  

On notera au passage, et avec un certain amusement, que beaucoup d’employés fustigent le timbrage sous prétexte qu’ils se sentent surveillés. D’un autre côté, cependant, le fait d’enregistrer le temps de travail leur assure de ne pas œuvrer au-delà de ce que leur contrat prévoit. 

Au-delà de ces constatations, la question du stress suscite à mes yeux un vrai débat de société, car elle déborde du cadre professionnel. Le bureau et l’usine ne sont de loin pas les seules causes du rythme effréné de nos existences: la pression existe également dans le cadre de la vie privée. La famille, les aléas de l’existence et la dépendance croissante aux réseaux sociaux soumettent chacun d’entre nous à une effervescence permanente qui finit par mettre à mal notre santé. Pour les chefs d’entreprise, cette «évolution» représente un défi. Aucun d’entre eux ne souhaite voir ses collaborateurs souffrir d’un burnout, car cela implique un surcroît de travail pour les collègues, une réorganisation temporaire, voire le report de décisions stratégiques. Sans oublier, bien entendu, le coût humain pour ceux qui en sont victimes.

Au fond, timbrer ou pas ne constitue qu’une partie de l’équation à laquelle les managers sont aujourd’hui confrontés dans l’agitation permanente du XXIe siècle. C’est à eux qu’il incombe de résoudre au mieux les variables qui les concernent.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie






 
 

AGEFI




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