Le testament d’un économiste désabusé

lundi, 16.03.2020

Michel Santi*

Michel Santi

Ceci est mon testament. Economique. Voilà douze ans que j’analyse la crise. En réalité, je disserte depuis une trentaine d’années sur l’économie et la finance. C’est néanmoins depuis 2007 que je tente inlassablement au fil de mes livres et de mes articles de dénoncer ce qu’il est convenu d’appeler le néolibéralisme, et qui n’est en fait qu’un amalgame d’égoïsmes, de mauvaises réglementations, de négligences au plus haut niveau, d’appétits dévorants...

Le déclencheur de ces analyses et de mes écrits fut un voyage aux Etats-Unis au tout début de l’année 2007 et la constatation d’une crise virulente qualifiée de «subprimes» qui infectait de proche en proche des pans entiers de l’économie, toutes régions confondues. Le vrai déclencheur fut mon retour en France, dans ce pays qui baignait encore (comme le reste de l’Europe) dans une naïveté confondante, ignorant le drame qui se jouait Outre-Atlantique ou (pour ceux qui en étaient vaguement conscients) imaginant que la crise resterait «là-bas».

Pitoyable époque où un Nicolas Sarkozy fraîchement élu président déclarait qu’il irait «chercher la croissance avec les dents» alors qu’il aurait dû déployer toutes les énergies et mobiliser sans tarder toutes les ressources dès le printemps 2007 pour atténuer les effets du cyclone qui ne manquerait pas de s’abattre sur l’Europe.

Tout était donc écrit, prévisible, comme le cataclysme européen quelques années plus tard, certes initié par l’étincelle subprimes, mais qui était inévitable au vu de ce que j’ai appelé le «péché originel» d’un euro fondé sur des bases exclusivement mercantiles. Mais, vous le savez bien lecteur, ces aberrations ne sont toujours pas dépassées, ni corrigées, par nos illustres penseurs de la science économique, encore moins par les élus qui nous dirigent et dont la formation et l’éducation en cette matière laissent craindre le pire pour l’avenir de nos grands équilibres macroéconomiques, et donc politiques.

Nos pays, comme nous le peuple, ne pourrons plus encaisser les conséquences d’une nouvelle crise qui sera – à n‘en pas douter – d’une violence inouïe et qui achèvera cette fois-ci bel et bien le capitalisme ayant bien failli chavirer il y a encore peu. J’étais là, je fus un témoin privilégié de la crise de 1987 (crack boursier), de celle de 1997 (crise asiatique), de celle de 2001 (liquéfactions technologique et boursière), de celle de 2007 (subprimes), de celle de 2008 (crise du crédit), de celle de 2010 (démarrage de la crise européenne des dettes souveraines)...

Il est donc temps de réagir, de s’informer, d’apprendre, car les instruments sont là: il suffit de se pencher pour les utiliser. Non pour casser le néolibéralisme, ni forcément pour résorber les inégalités, qui ne sont l’un comme l’autre que les reflets de l’incurie de nos responsables, mais pour laisser à nos enfants un avenir meilleur et pour que l’on puisse enfin vivre sereinement de notre travail.

Ceci est donc mon testament car je ne souhaite pas être présent pour ce qui sera l’épisode final. Et car j’ai trop le sentiment – non de prêcher dans le désert car je ne prétend aucunement détenir la science infuse – mais j’ai la quasi certitude de l’absence totale de motivation d’une immense majorité d’entre vous de bouger ne serait-ce que d’un iota de ce qu’ils croient être une formule qui marche, qui a certes parfois des ratés mais qui, pour solde, remplit sa part du marché. Un testament est par nature un don: vous en ferez ce que vous voudrez, lecteur, mais vous ne direz pas que l’on ne vous a pas prévenu.

* www.gestionsuisse.com - www.artradingfinance.com






 
 

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