Le terreau de l’entreprise «toxique»

jeudi, 05.03.2020

Charlotte d’Aulnois*

Charlotte d’Aulnois

Toute création d’entreprise ou grand projet naît d’une aventure humaine dont le succès dépend de la qualité des relations interpersonnelles. A l’heure de la 4e révolution industrielle et de ses bouleversements complexes, profonds et anxiogènes, le «Réussir Ensemble» est donc un non-négociable. Et pourtant, l’entreprise, dans ses fonctionnements les plus grégaires, nourrit encore très souvent des guerres de pouvoir clandestines. Quand le «je» prend le dessus sur le «nous», bienvenue dans l’entreprise «toxique» qui s’assume!

Là où il y a terreau pour la création, il y a aussi potentiellement terreau pour la destruction. En phase initiale de projet, le «nous» se révèle fier et engagé d’être à l’initiative d’un saut en termes de création de valeur collective. Très vite, cette phase de «forming» cède sa place au «storming», celle de la confrontation aux premières difficultés et aux peurs. Peurs de l’échec pour certains, peurs de la réussite pour d’autres, peurs des changements qui redistribuent les cartes du pouvoir pour beaucoup. A cet instant précis, l’enjeu autour de l’égo et de toutes les représentations statutaires est grand, aussi grand que son pouvoir de sublimer ou d’étouffer tout «Réussir Ensemble». Certaines fois, les phases suivantes de «norming» et de «performing», aussi puissantes, fondatrices et formatrices soient-elles pour l’entreprise et ses acteurs, sont engagées à des fins perdues.

L’entreprise «toxique» 

L’entreprise «toxique» fait du «storming» un instrument de résistance et de dominance. Enlisé dans des difficultés tant rationnelles que relationnelles propres à cette phase de projet et de vulnérabilité, le pouvoir officiel et officieux s’organise pour rétablir l’ordre et étouffer toute initiative d’évolution. Le Triangle Dramatique de Karpman vient alors se substituer au «Réussir Ensemble», créant un chaos utile au statut quo: chacun s’érige en victime, cherche un bourreau pour justifier l’échec et un sauveur pour garantir la protection du cadre. Le système est alors «locké» et peut ainsi continuer à diviser pour mieux régner, jusqu’à s’autodétruire.

L’entreprise «anti-fragile» 

Très soucieuse de transformer cette phase de «storming» en une expérience collective forte et fédératrice, l’entreprise «anti-fragile» utilise la vulnérabilité comme un atout. Elle investit sur la confiance, le respect et la culture du feedback, les trois composantes du Triangle du Leadership de Robert Dilts, indispensables à l’évolution harmonieuse des systèmes. En parallèle, elle réaligne le niveau de responsabilité et de pouvoir selon la règle d’or: R=P, et permet ainsi aux acteurs du changement de se sentir investis, respectés et reconnus pour leur création de valeur effective. Le système est alors «unlocké» et peut ainsi gagner en agilité et en génie.

Toute création d’entreprise ou grand projet naît d’une aventure humaine dont le succès dépend de la qualité des relations interpersonnelles. Encore faut-il le vouloir pour ainsi le pouvoir. Quand le «je» s’engage au service du «nous», bienvenue dans l’entreprise «anti-fragile», celle du courage, de l’envie et de la détermination à «Réussir Ensemble», pour le pire mais définitivement pour le meilleur!

* Founder et Managing Partner, GenerativeHumanae






 
 

AGEFI



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