Le système suisse de prévoyance est mal en point

mercredi, 26.06.2019

Philippe G. Müller*

Le système de prévoyance helvétique basé sur les trois piliers et sur une large base, est principalement destiné à assurer les moyens de subsistance à l’âge de la retraite. Mais il est confronté à de gros défis: le vieillissement continu de la population et les taux d’intérêt historiquement bas.

Pourtant, depuis une vingtaine d’années, aucune réforme structurelle n’a abouti en Suisse. Seule exception: le financement complémentaire alloué à l’AVS, récemment voté avec le paquet de réforme fiscale (RFFA), qui comble simplement le déficit grandissant de l’AVS en y versant davantage de recettes fiscales. 

Et même si beaucoup ont aujourd’hui pris conscience que le système suisse de prévoyance est mal en point à moyen et à plus long terme, le débat public a souffert depuis trop longtemps de l’absence d’un indicateur objectif, fondé sur des paramètres clairs, permettant d’évaluer l’état de santé du système de prévoyance.

L’indice UBS de la prévoyance suisse

Pour remédier à cela, la Recherche d’UBS a introduit, il y a plus de deux ans, l’indice UBS de la prévoyance suisse, qui exprime chaque trimestre l’état du système. Avec ses quatre sous-indices (développement économique, démographie, finances et réformes), il intègre les facteurs les plus décisifs pour la pérennité du système. Une valeur négative pour un trimestre de l’indice UBS de la prévoyance suisse traduit une dégradation de la dynamique en glissement annuel, tandis qu’une valeur positive signale une amélioration.

Au quatrième trimestre 2018, l’indice UBS a atteint son niveau le plus faible depuis le début des mesures en 2005. L’évolution démographique toujours défavorable et les forts reculs des marchés financiers expliquent en grande partie la dégradation drastique de la santé générale du système de prévoyance. 

Des réformes urgentes sont nécessaires

Au premier trimestre de cette année, l’indice est légèrement remonté, mais il reste à un niveau extrêmement bas depuis le milieu de l’année dernière, comme on ne l’avait plus connu depuis le séisme de la crise financière mondiale. A l’époque, la chute était due à l’effondrement de la conjoncture économique mondiale. Cette fois, les problèmes sont internes à la Suisse. Pour les résoudre, il faudra des mesures radicales et engager des réformes urgentes. 

L’évolution démographique est, en ce moment, le principal facteur négatif et cela ne devrait pas changer dans un avenir proche. L’augmentation de l’espérance de vie et le faible taux de natalité se traduisent par un vieillissement de la population. Le déséquilibre croissant entre générations jeunes et âgées obère de plus en plus le bilan de l’AVS, comme le montre le sous-indice des finances. 

Certes, la situation s’est nettement améliorée au premier trimestre 2019, principalement grâce à la bonne performance des marchés financiers. Mais on ne saurait compter sur celle-ci dans les mois à venir, car des incertitudes économiques et géopolitiques se profilent à l’horizon, comme le montre le sous-indice économique. Depuis la mi-2018, les indicateurs avancés traduisent un net refroidissement du moral, ce qui devrait se faire sentir cette année.

Les mesures mises en place avec la réforme fiscale et le financement de l’AVS (RFFA) n’auront probablement qu’un effet infime. Il est donc urgent d’engager de nouvelles réformes, même si le sous-indice des réformes est pour l’instant au neutre.

*Economiste responsable pour la Suisse romande UBS






 
 

AGEFI



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