Le Storytelling, depuis l’école?

mercredi, 11.03.2020

Céline Renaud*

Céline Renaud

Il y a … bien longtemps, j’avais environ 11 ans, je me trouvais sur les bancs d’école à un cours de géographie où je ne comprenais pas bien de quoi il en retournait car je n’arrivais pas à m’y intéresser et à plonger dans le sujet. Je ne comprenais pas le sens de tout cela et comme souvent, je laissais libre court à mon imagination afin que le cours ne me semble pas durer aussi longtemps.

Pour les devoirs, nous devions alors apprendre juste une seule page. Arrivée en bas de cette page, je n’avais rien retenu de ma lecture. Je l’ai relu une deuxième puis une troisième fois, toujours avec le même résultat. Mais je ne voulais pas baisser les bras. Alors j’ai regardé tous les mots individuellement. Il n’y en avait pourtant aucun qui était nouveau pour moi. J’ai alors décidé de décortiquer le texte mot après mot, phrase après phrase et j’ai essayé de me raconter des histoires très courtes mais percutantes comme moyen mnémotechnique pour me souvenir de ce sujet et de m’assurer de conserver ma meilleure moyenne. Et cela a marché. Depuis lors, j’utilise cette technique à chaque fois que je dois apprendre quelque chose par cœur, que ce soit la liste des noms des invités à la prochaine conférence ou pour jouer au memory avec notre fille. Elle est d’ailleurs devenue imbattable à ce jeu du haut de ses cinq ans déjà en se racontant des histoires à chaque nouvelle carte retournée.

Il m’arrive souvent de coacher pour la prise de parole en public des personnes des finances qui me répondent qu’il est impensable de rendre intéressant leur sujet. C’est faux! D’abord il ne faut pas commencer par: «C’est moins intéressant que le sujet d’avant!» Et il ne faut pas non plus envoyer une slide avec le bilan ou le compte de résultat pour commencer. Les participants vont forcément lire les slides ou les documents remis préalablement et ne pas écouter l’orateur. Alors pourquoi ne pas faire une slide avec juste un seul chiffre clé en grand. Dire ce qu’il représente et surtout pourquoi. Procéder de même avec deux autres chiffres importants pour que le public capte l’ampleur de l’information. Puis seulement il est possible de donner des informations sur le bilan ou le compte de résultat. Là encore, afin de s’assurer que tout le monde suive en même temps, afficher ligne par ligne pour avancer ensemble. Dire pourquoi nous parlons de tel ou tel chiffre est essentiel. Cela donne du sens, des proportions et les participants s’en souviennent.

Je me suis définitivement tant ennuyée à l’école, et contrairement aux idées préconçues, ce n’est pas parce que j’avais beaucoup de facilité que j’aimais plus l’école. J’avais l’impression de traverser ces années avec une lenteur, une perte de temps et un endormissement digne de certains récits de l’école de recrues. Au lieu de nous expliquer inlassablement les mêmes choses, pourquoi ne pas nous raconter des histoires? J’avais bien un professeur qui nous racontaient des histoires... mais il nous les racontait en français alors qu’il devait nous enseigner les langues! D’ailleurs, ces histoires, je m’en souviens pourtant encore après plus de trente ans! Mais ces compétences devraient également être enseignées à l’école déjà. Ou que l’on puisse s’inspirer d’enseignants qui sont vivants, dans la joie et qui racontent des histoires qui donnent du sens. Mais là réside un autre défi! Essayons tous de pimenter nos histoires et présentations et peut-être arriverons-nous encore avec un peu de temps à faire changer cette tendance... Qui sait?

* Entrepreneure et conférencière






 
 

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