Un premier semestre aussi agité que profitable pour les actifs risqués

mercredi, 03.07.2019

Le S&P 500 achève ses six premiers mois les plus rentables en plus de 20 ans sans parvenir à atténuer définitivement la nervosité des investisseurs.

Levi-Sergio Mutemba

Maya Bhandari. Gérante du fonds Threadneedle (Lux) Global Multi Asset Income de Columbia Threadneedle Investments.

Le premier semestre de l’année en cours a fourni aux investisseurs une bonne dose d’incertitudes. Pourtant, il faut remonter 22 ans en arrière pour constater un premier semestre aussi positif pour les actifs risqués. Après une reprise du dialogue entre les États-Unis et la Chine, en début janvier, via l’envoi d’une délégation américaine à Pékin, et après un ajournement de taxes initialement prévues sur les biens chinois durant le mois de février, les tensions reprennent en mai.

Le président Donald Trump accuse alors la Chine de faire marche arrière sur des accords en développement, faisant chuter le S&P 500 de plus de 6,5% durant ce mois. Période durant laquelle l’administration américaine a augmenté les taxes sur 200 milliards de dollars de biens chinois à 25% contre 10% auparavant. Mesure qui a eu sa réponse dans une augmentation des taxes chinoises portant sur les importations de marchandises américaines estimées à 60 milliards de dollars.

Tous les actifs battent l’inflation

Toutefois, le revirement des anticipations des politiques monétaires des banques centrales des pays développés, reflétant la baisse des anticipations d’inflation suscitée par une contraction des échanges internationaux, a été suivi d’un rebond de près de 10% du S&P 500 depuis le 1er juin. Le marché américain totalisant ainsi une progression de plus de 18% depuis le début de l’année, suivi du CAC 40, du SMI et du DAX en Europe.

Cette classe d’actifs a clairement battu l’inflation, à l’instar, du reste, de toutes les autres. Des fonds d’investissement immobilier (REIT) aux petites capitalisations du Russell 2000 Index, en passant par le haut rendement (HY), les actions japonaises ou encore la dette émergente en monnaie locale. «Le S&P 500 enregistre son meilleur premier semestre depuis 1997», soulignent les stratégistes cross-asset de Morgan Stanley.

Qui précisent que le secteur technologique est le meilleur segment au sein des marchés actions, le Nasdaq enregistrant un gain de plus de 22% au cours des six premiers mois de l’année. L’indice de la demande pour les actifs risqués MS Global Risk Demand Index, «a reflué vers le niveau de -0,7 point, ce qui reflète un sentiment de marché plus neutre», ajoutent les experts de la banque d’affaires américaine. «Le sentiment des investisseurs particuliers demeure quant à lui négatif et sa moyenne mobile à quatre semaines signale une tendance baissière.»

Drapeau rouge sur le souverain

Ces derniers pressentent-ils un environnement de marché où toutes les classes d’actifs évoluent en tandem? Les niveaux de corrélations globales entre les classes d’actifs et les régions correspondent en effet à ceux qui prévalaient juste avant la crise financière de 2008. Ce, à un moment où la volatilité a chuté des plus bas historiques mais n’en demeure pas moins en hausse de 25% par rapport à début juillet 2014.

«Dans les portefeuilles multi-actifs, nous sommes progressivement devenus moins positifs en ce qui concerne le risque présenté par les actions à partir de fin février, et plus optimistes vis-à-vis du crédit d’entreprise», souligne Maya Bhandari, gérante du fonds Threadneedle (Lux) Global Multi Asset Income de Columbia Threadneedle Investments. «Aujourd’hui, les prévisions de croissance des bénéfices des actions mondiales pour 2019 sont nulles, alors qu’elles atteignaient 10% au dernier trimestre de l’an dernier», ajoute Maya Bhandari, dont l’allocation a été ramenée à neutre sur les actions.

L’experte lève aussi le «drapeau rouge» sur les marchés souverains internationaux. «Plus de la moitié de la courbe de rendement américain est désormais inversée et sur plus de 70%, les taux ne dépassent pas 10 points de base», s’inquiète la gérante. Bien qu’elle ne s’attende pas à ce que l’économie américaine entre en récession cette année, Maya Bhandari ne peut pas pour autant «fermer les yeux sur cette inversion des courbes des taux». Si le repli des taux d’actualisation suite à une baisse des taux par les banques centrales ont le mérite de compenser la faiblesse des bénéfices et/ou des flux de trésorerie, alors les obligations d’entreprise devraient davantage en profiter que les actions.

Gérants CTA et Systematic Macro pas d’accord

Enfin, sur le front de l’investissement alternatif, il semble que deux stratégies très similaires (à certains égards) signalent des positionnements opposés en ce qui concerne les obligations. La préférence de Lyxor Asset va aux stratégies de suivi de tendance de type de CTA, qui ont accumulé depuis quelques temps déjà des positions longues sur la dette européenne.

Tandis que les gérants alternatifs Systematic Global Macro, qui prennent des paris directionnels sur la base de données macroéconomiques, ont accumulé des positions vendeuses sur ces mêmes obligations, tablant sur un revirement de tendance des prix obligataires, face à des spreads extrêmement resserrés actuellement.

«La morosité du contexte macro ne donne pas à penser que les taux de rendement devraient augmenter sensiblement et durablement à court et moyen terme», explique Philippe Ferreira, stratégiste senior du Cross Asset Research chez Lyxor AM. «Toutefois, à la lumière des performances récentes, il nous semble judicieux de prendre certains bénéfices [sur les positions CTA] et de procéder à un rééquilibrage progressif vers les stratégies Systematic Macro afin de protéger les portefeuilles contre une hausse potentielle des rendements obligataires», recommande Philippe Ferreira.






 
 

AGEFI



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