SMI: les 10'000 points ne donnent pas le vertige aux marchés

lundi, 29.04.2019

Le SMI devrait bientôt franchir les 10'000 points, porté notamment par la hausse continue depuis quatre mois du poids lourd Nestlé.

Dans un climat mondial qui sourit aux marchés et au vu des résultats robustes des entreprises, la fête devrait se poursuivre pour le SMI. (Keystone)

L'indice phare SMI de la Bourse suisse vole toujours de record en record, et la perspective des 10'000 points semble davantage servir d'aimant que donner le vertige aux investisseurs. Dans un climat mondial qui sourit aux marchés et au vu des résultats robustes des entreprises, la fête devrait se poursuivre, estiment les experts.

"L'objectif, d'un point de vue technique, est davantage les 10'500 points que les 10'000", a déclaré lundi à AWP Andreas Ruhlmann, analyste chez IG Bank. Au-delà des graphiques, les fondamentaux restent eux aussi solides. "Les chiffres des entreprises au premier trimestre et les projections pour les deux suivants laissent entrevoir une nouvelle accélération, de nature à prolonger la hausse des marchés", estime M. Ruhlmann.

Il se réfère d'abord aux Etats-Unis, moteur incontournable. "Si Wall Street parvient à franchir son record de l'automne dernier - avec un pic du Dow Jones autour de 26950 points en octobre, contre 26530 lundi en début d'après-midi -, le SMI suivra forcément."

Avant d'éventuellement casser la "barre" des 10'000 points, le SMI n'a du reste pas attendu les Etats-Unis pour battre un nouveau record en matinée, à 9742,99 points, porté notamment par la hausse continue depuis quatre mois du poids lourd Nestlé.

L'indice vedette de la place zurichoise risque toutefois d'être à la traîne par rapport à ses homologues. "Ce sera plus compliqué pour le SMI, en raison du rythme auquel les poids lourds pharmaceutiques de la cote ont progressé depuis le début de l'année. Leur potentiel est plus limité", explique Loïc Bhend, analyste auprès de la banque privée genevoise Bordier. La valorisation des titres du SMI n'est cependant pas stratosphérique, précise-t-il.

Le niveau de cherté des valeurs vedettes est principalement lié à la faiblesse des taux d'intérêts, affirme pour sa part Samy Chaar. "Quand les taux sont bas, tout devient plus cher", résume le chef économiste de la Banque Lombard Odier.

Marchés complaisants

L'expert d'IG Bank relève que les préoccupations ayant plombé les marchés durant les derniers mois de 2018 se sont largement dissipées. Les banques centrales américaine, européenne et chinoise poursuivent une politique accommodante, et le conflit sino-américain semble plus en voie d'apaisement que d'exacerbation. "Les marchés restent plutôt complaisants", dit-il.

Marie Owens Thomsen, cheffe économiste chez Indosuez Wealth Management, souligne le caractère solide des fondamentaux helvétiques. "Le SMI, par rapport aux autres grands indices, se situe plutôt en milieu de peloton, avec une hausse de 15,15% depuis le début de l'année (contre 27% pour le Nasdaq américain et plus de 18% pour le CAC40 français, par exemple). Mais en cas de correction, la diversification de l'économie suisse et le caractère défensif de ses valeurs vedettes peuvent faire office de tampon."

Le cycle haussier sur les marchés globaux perd en dynamique, mais Mme Owens Thomsen ne perçoit pas de nuages inquiétants pour la Suisse. "Les rendements des dividendes des entreprises y sont en moyenne de 4%, contre 2% aux Etats-Unis. Ce fort taux est de nature à attirer les investisseurs. En outre, le pays manifeste toujours une bonne capacité d'innovation", relève-t-elle.

Samy Chaar demeure prudent. La marque des 10'000 points est "anecdotique" et pourrait bien ne pas tenir longtemps. "Le marché a beaucoup rebondi sur les grandes craintes que l'on pouvait avoir l'année dernière et qui ont été apaisées", affirme le spécialiste, faisant référence au resserrement monétaire aux Etats-Unis ou encore à la guerre commerciale US-Chine.

"Si vous voulez amener le SMI plus haut, il faut une histoire additionnelle. On a du mal à l'envisager à ce stade", souligne-t-il.

Le chef économiste du groupe bancaire genevois s'inquiète de l'absence de la volatilité sur les marchés financiers, qu'il explique - lui aussi - par une certaine complaisance des investisseurs. Dans ce contexte, une simple mauvaise nouvelle pourrait gripper la machine et signer le retour des turbulences sur les Bourses mondiales.

Pour Samy Chaar, le SMI devrait retrouver ou conserver son niveau actuel d'ici la fin de l'année. (ats)






 
 

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