Le siège de l'Union européenne

dimanche, 16.02.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Au moment où l’Europe tout entière – et pas seulement l’UE – est affaiblie par la sortie de la Grande-Bretagne, sa situation n’est pas brillante. Trois grandes puissances l’encerclent et la menacent.

Les Etats-Unis abandonnent leur rôle de protecteur militaire et s’engagent dans une politique isolationniste résumée dans le slogan Trumpien: «America first». La Chine devient un compétiteur économique majeur au point qu’un millier d’entreprises suisses y ont des établissements. Enfin la Russie reprend son rôle de menace perpétuelle à l’Est: personne n’ose remettre en cause son annexion de la Crimée, en attendant qu’elle émette des prétentions sur les pays baltes.

Au Sud c’est encore pire: l’Afrique n’est bien entendu pas une puissance, car elle-même est impuissante à se gouverner, elle se délite dans un cycle de famines, de génocides, de guerres civiles, de corruptions; à terme deux milliards d’Africains n’auront d’autre espoir que d’émigrer en Europe, qui aura bien de la peine à les contenir et à proclamer en même temps des valeurs impossibles à honorer.

L’UE n’est qu’une confédération très lâche sur le plan économique, dont le poids politique ou militaire est sous-évalué. Or, elle n’a été créée que pour éviter un nouveau suicide du contient après les massacres et les destructions de 1914 et 1939. Si la décomposition de l’UE se généralisait, le continent européen se retrouverait dans la situation de 1939 avec la circonstance aggravante d’être menacé par trois grandes puissances extérieures et un chaos méridional. De l’intérieur même, la menace surgit contre la démocratie. Non seulement des pays de l’Est sombrent dans un nationalisme étroit, mais la gangrène du populisme démagogique ronge des pays comme l’Italie et la France.

Et la Suisse? Tout cela n’est pas son problème. Ce pays est insoluble dans l’UE par la volonté massive de sa population, qui ne veut pas risquer une souveraineté lentement élaborée au fil de sept siècles. Et donc le trou au milieu de la carte demeurera.

Si l’UE échoue, ce n’est pas la faute de la Suisse: elle a les mains propres, puisqu’elle n’a pas de mains.

Cependant le territoire helvétique ne se situe pas dans une île du Pacifique comme la Nouvelle-Zélande. Si le continent européen retombe dans un cycle de conflits, la Suisse ne sera pas miraculeusement épargnée. Il est impossible de blinder 1852 km de frontières par des murs, des barbelés ou des contingents militaires.

Il n’y a d’autre issue que de conformer l’UE au modèle suisse. Notre pays n’est certes pas soluble dans l’UE, mais l’inverse est possible. Les pays de l’UE auraient intérêt à évoluer vers un régime de souveraineté du peuple en organisant des consultations sur les sujets importants; ils auraient intérêt à établir des gouvernements de concordance où tous les partis importants sont représentés:; ils auraient intérêt à progresser dans la voie fédérale en élisant au niveau continental un exécutif unique responsable de la diplomatie et de la défense, tout en respectant scrupuleusement la subsidiarité; ils auraient même intérêt à s’organiser sur le modèle cantonal où les régions, comme l’Ecosse, la Catalogne, la Flandre, prennent le pas sur les Etats-Nations devenus encombrants et inutiles.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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