Transport maritime sous surveillance

lundi, 10.09.2018

Le secteur est soumis à une pression grandissante sur les sujets environnementaux. L’Organisation maritime internationale a dû adopter une stratégie.

Jean-Philippe Desmartin*

Actuellement, un seul grand porte-conteneurs peut brûler autant de combustibles qu’une ville entière, selon l’ONG Transport & Environnement. Le secteur du transport maritime, appelé à réagir, est soumis à une pression grandissante sur les sujets environnementaux. Les entreprises doivent relever plusieurs défis (réduction des émissions carbone, de soufre, gestion des eaux de ballast, etc.).

Un million de voitures!

Le transport maritime, moyen de transport le moins consommateur de carbone avec le rail, représente 2,5%** des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Ce chiffre continue toutefois d’augmenter avec la croissance du commerce mondial et les chiffres de pollution sont criants.

L’association France Nature Environnement (FNE) évalue qu’un paquebot à l’arrêt pollue autant qu’un million de voitures, en termes d’émission de particules fines et de dioxyde d’azote. 

Contribuer à la réduction des émissions de carbone

En avril dernier, l’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté une stratégie pour contribuer à réduire les émissions de carbone du secteur. Bien que considérée comme moyennement ambitieuse, c’est une première étape dans l’implication du transport maritime dans un monde qui vise à limiter le réchauffement climatique à 2°. Ces émissions «internationales» étaient la dernière partie des émissions de GES à ne pas être couvertes, après les émissions imputables aux pays dans l’Accord de Paris, ainsi que celles de l’aviation dans le programme CORSIA (Compensation et réduction de carbone dans l’aviation internationale) en 2016. 

La stratégie de l’OMI comprend trois aspects. Le premier concerne l’amélioration de l’efficacité énergétique des navires (en utilisant une technologie de moteur différente ou en augmentant la puissance avec des ressources naturelles comme une voile de vent ou une voile solaire). Le deuxième relève de l’intensité des émissions, soit les émissions par fret transporté. Par rapport à 2008, l’objectif est de réduire leur intensité de 40% d’ici 2030 et de 70% d’ici 2050 (en construisant des navires avec davantage de capacité ou en réduisant leur vitesse). Le troisième objectif consiste en la réduction en absolu des émissions. L’OMI vise une baisse de 50% d’ici 2050, pour viser l’absence d’émissions d’ici la fin du siècle. Globalement, on peut se demander comment cette stratégie sera appliquée ou encore qui vérifiera les progrès et les résultats. 

Les émissions de soufre du transport maritime plafonnées à partir de 2020

La nouvelle réglementation de l’OMI concernant les émissions de soufre du transport maritime entrera en vigueur en janvier 2020. Elle abaissera la limite maximale de soufre dans les fiouls de 3,5% à 0,5%. Jusqu’à présent, les carburants des bateaux étaient moins réglementés que ceux des voitures ou des avions, et le soufre présent dans les fiouls lourds utilisés a un impact néfaste non seulement sur l’environnement mais également sur la santé. Les entreprises peuvent choisir entre trois solutions pour être en conformité:

1. Opter pour un carburant à faible teneur en soufre: une solution assez simple, mais chère, et dont le coût dépendra de la disponibilité du carburant conforme.

2. Installer des filtres à particules de type scrubbers: les scrubbers réduisent les émissions de soufre atmosphérique de plus de 90%, mais génèrent des substances dangereuses qui peuvent être déversées dans la mer. C’est aussi coûteux et le système n’est pas adaptable à tous les navires.

3. Utiliser des carburants de substitution (le GNL qui est de plus en plus disponible ou le méthanol, biocarburants, gaz de pétrole liquéfié - GPL, diméthyléther - DME, etc.). 

Le choix des entreprises dépendra fortement des prix futurs du fioul, à forte ou faible teneur en soufre, et de la capacité de l’industrie du raffinage à répondre à la demande.

**Source: International Maritime Organisation

*Directeur de l’Investissement Responsable, Edmond de Rothschild Asset Management






 
 

AGEFI



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