Comptes factices: Wall Street n'a pas beaucoup changé

dimanche, 18.09.2016

Le scandale des comptes factices éclaboussant la banque américaine Wells Fargo montre que Wall Street n'a pas beaucoup changé quelque dix ans après la crise des "subprime", causée par les errements des banquiers et des courtiers, estiment les analystes.

Huit ans après la banqueroute de la banque Lehman Brothers, Wall Street n'a toujours pas tiré les le9ons. (Reuters)

"Wall Street reste un problème", répète la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, bête noire de la finance. "Ils (financiers) sont toujours persuadés qu'ils peuvent gagner de l'argent en abusant de l'Américain moyen", fustige celle qui a pris la tête d'une croisade contre Wall Street.

Huit ans jour pour jour après la banqueroute de la banque Lehman Brothers, point de départ de la crise financière de 2008, Wells Fargo, établissement connu pour sa prudence, a reconnu que des milliers de ses conseillers en clientèle ont ouvert à partir de 2011, pendant cinq ans, deux millions de comptes bancaires fictifs au nom de clients mais à leur insu.

Plus grave: la banque californienne, dont le premier actionnaire est le milliardaire Warren Buffett, a encaissé des frais pour ces comptes, selon l'agence de protection des consommateurs CFPB.

S'il n'est plus question de crédits immobiliers à risque ("subprime") ciblant les ménages insolvables, la motivation, elle, n'a pas changé: obtenir de gros bonus. L'arsenal règlementaire mis en place après la crise et les attaques des deux candidats à la présidentielle de novembre, le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton, ne semblent rien y changer.

Dans l'environnement actuel des taux d'intérêt bas, la manoeuvre faisant florès est basique: la vente croisée veut que si un client dispose d'un compte courant, il faut lui faire ouvrir un compte épargne, un crédit immobilier, un crédit automobile, une assurance, des produits d'investissements, etc.

Rendre les bonus

Dans le cadre spécifique des Etats-Unis, il arrive que les banquiers tentent également de vendre des cartes de crédit dont les intérêts flambent en cas de non-respect des échéances de remboursement.

Seul hic: il n'est pas si facile de convaincre les consommateurs, qui préfèrent répartir leurs ressources parmi plusieurs institutions financières, source de sécurité en cas de dépôt de bilan d'un des établissements.

Face à cette résistance, les banques américaines ont institué une culture de la performance agressive avec des objectifs commerciaux difficilement atteignables.

C'est cette politique agressive qui semble avoir motivé les malversations au sein de Wells Fargo, nombre de banquiers ayant cherché à atteindre leurs objectifs et d'autres à obtenir des primes, selon le CFPB. Au total, environ 5.300 salariés ont été licenciés.

"Toutes les banques le font. Je ne connais aucune banque qui ne le fait pas", affirme Richard Bove, analyste chez Rafferty.

Conscient du risque de mécontentement de l'opinion publique, Richard Cordray, le directeur du CFPB, a assuré qu'il ferait tout son possible pour que "cela ne se reproduise plus".

En cette année électorale, la classe politique s'est rapidement saisie du scandale, certains plus demandant des comptes à John Stumpf, le PDG de Wells Fargo.

Le ministère de la Justice a ouvert une enquête, de même que le Sénat qui doit passer mardi au grill M. Stumpf. Des clients de l'Utah (ouest) ont aussi porté plainte.

Cette affaire devrait contraindre les banques à faire profil bas alors qu'elles faisaient du lobbying auprès du Congrès pour obtenir un desserrement de la régulation et, en l'occurrence, l'allègement d'une proposition imposant le remboursement de primes et bonus perçus par un dirigeant en cas de mauvaise performance ou de malversation (règle dite "clawback").

La pression est désormais sur les régulateurs pour "durcir les règles en matière de rémunération", estime Brian Gardner, de Keefe Bruyette & Woods.

Dennis Kelleher, dont l'ONG Better Markets prône de meilleures pratiques à Wall Street, conseille à Wells Fargo de récupérer le "paquet" de 124,7 millions de dollars perçu par l'ex-patronne de la branche détail de la banque pour qu'elle assume le coût du scandale.

"Si elle (Wells Fargo) ne le fait pas, ça veut dire qu'elle incite ses employés à enfreindre la loi", affirme-t-il.

Avec l'amende de 14 milliards de dollars qui s'annonce contre Deutsche Bank pour avoir vendu des produits financiers "pourris" avant 2008, le serpent de mer qu'est la scission des grandes banques refait surface.

L'ONG Public Citizen s'y est engouffrée en demandant à Wells Fargo de désigner des experts indépendants pour étudier un scénario de séparation de ses activités. (awp)


 

 
 



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