Le Royaume-Uni, entre l’Europe et le Commonwealth

mardi, 20.11.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Le Royaume-Uni, tenu par le calendrier, se trouve confronté aux conséquences du référendum de 2016 sur la sortie de l’Union européenne. Il va être difficile d’obtenir l’approbation du parlement anglais sur la proposition de Theresa May, et il est possible qu’un deuxième référendum soit réalisé avant la fin du mois de mars 2019. Parmi tous les points de contentieux relatifs à la sortie de l’Union, une question qui n’est plus «à la une» est la migration. Pourtant, c’était un des thèmes majeurs en 2016.

L’Université d’Oxford et son centre d’observation des migrations ont  publié un rapport le 15 octobre 2018 sur les évolutions de la migration. Entre 2004 et 2017, la population britannique née à l’étranger a augmenté, passant de 5,3 millions à 9,4 millions. L’augmentation a été plus rapide parmi les migrants en provenance de l’Union européenne que parmi ceux en provenance d’autres pays. Néanmoins, la population née en dehors de l’Union reste toujours majoritaire, et seul 39% des personnes nées à l’étranger vivant en dans le pays sont nées dans un pays-membre de l’Union (3,7 millions).

Dans le pays dans son ensemble, 14% de la population est née à l’étranger, un taux proche de celui observé en Allemagne, aux Etats-Unis, en Espagne et en Norvège. A Londres, ce chiffre grimpe à 38%, au même niveau que New York ou Los Angeles. En Suède, 16% de la population est née à l’étranger, en Suisse 28%, et au Luxembourg 44%. Il est alors difficile de considérer la situation migratoire comme particulièrement problématique au Royaume-Uni.

En ce qui concerne les pays d’origine, la Pologne, l’Inde, et le Pakistan constituent le top-3. Ces pays représentent respectivement 10%, 9%, et 6% de la population née à l’étranger. Les migrants hors Union européenne ont été plus nombreux que ceux en provenance de l’UE depuis les années 1980. En 2017, 13% des personnes arrivant au Royaume-Uni était des citoyens anglais, 38% des Européens de l’Union, et 49% des citoyens d’autres pays. Entre mars 2017 et mars 2018, 87.000 personnes sont arrivées de l’Union européenne, tandis que 235.000 personnes ont rejoint le Royaume-Uni en provenance de pays en dehors de l’Union (données «nettes», soit le nombre de personnes arrivées moins le nombre de personnes ayant quitté le pays). 614.000 personnes sont arrivées de tous pays, et 344.000 personnes ont quitté le pays (Migration Watch). Concernant les Britanniques, il y a 52.000 personnes de plus qui ont quitté le pays que de personnes qui ont choisi de revenir.

Parmi tous ces chiffres, on constate alors que 4,1 millions de personnes sont arrivées depuis 2004 et que la majeure partie d’entre elles venaient de pays hors UE. On ne comprend alors pas pourquoi il fallait sortir le pays de l’Union pour limiter la migration, alors que le Royaume-Uni avait déjà la main sur la plus grande partie du sujet. La seule nouveauté dans ces statistiques depuis 2004 est que les Polonais sont maintenant plus nombreux que les Indiens. La migration nette évolue au même niveau qu’avant 2016, mais les ressortissants sont plus nombreux à quitter l’île, et les non-Européens sont plus nombreux à y venir. Peut-être l’incohérence entre les statistiques et les opinions exprimées en 2016 est devenue flagrante et a calmé les esprits. En tout cas, dans l’Union ou en dehors de l’Union, le Royaume n’attirera probablement plus les migrants européens comme avant.

* Chef économiste, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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