La prochaine crise de l’euro approche-t-elle?

mercredi, 12.09.2018

Le problème d’une économie européenne structurellement mal positionnée est exacerbé par la dette publique, qui est souvent trop élevée par rapport à la compétitivité et la croissance.

Klaus Kaldemorgen*

Sur les places boursières mondiales, la zone euro a été laissée pour compte. Sa part de la capitalisation boursière mondiale ne représente que 10,6 %, contre 54 % pour les États-Unis (source: MSCI ACWI). En revanche, si l’on mesure la part des principales régions économiques dans le produit intérieur brut (PIB) mondial, la zone euro est, avec une part de 11,2 %, relativement proche des États-Unis (15,1 %) et de la Chine (18,7 %). La capitalisation boursière n’a donc qu’une importance limitée pour l’évaluation de la performance économique d’une région.

D’où vient alors la différence frappante entre la taille des marchés boursiers et les performances économiques, et quel est son rapport avec une éventuelle crise de l’euro? Il convient tout d’abord de noter que le marché boursier américain, en particulier, est passé d’une société industrielle à une société de l’information à une vitesse vertigineuse. 

Avec une pondération de 26,4 %, les technologies de l’information sont de loin le secteur économique le plus important des bourses américaines. Il y a dix ans, la part de ce secteur était de seulement 16,4 %. Dans la zone euro, le secteur de la technologie ne s’élevait - en 2018 encore - qu’à 6 % environ. 

Dans l’«Ancien Monde», par contre, les industries qui souffrent des changements structurels induits par l’«économie de l’Internet» sont fortes, notamment les secteurs des services financiers, de l’automobile, du commerce et des entreprises connexes. Ces sociétés représentent environ 46 % du marché boursier en Europe, pour seulement 32 % aux États-Unis. Toute détérioration du climat économique devrait ainsi frapper durement ces secteurs, et donc aussi l’économie européenne. La pression engendrée par l’innovation et le désir croissant d’efficacité, par contre, donnera un nouvel élan au secteur des technologies de l’information. Cette faiblesse structurelle de la zone euro a laissé, cette année, des traces profondes sur le marché financier. Alors que le marché américain a gagné 12 % depuis le début de l’année, les actions européennes affichent une légère baisse. 

Le problème d’une économie européenne structurellement mal positionnée est exacerbé par la dette publique, qui est souvent trop élevée par rapport à la compétitivité et la croissance. Jusqu’à présent, ce problème a été occulté par l’achat d’obligations d’État par la Banque centrale européenne. Avec la cessation annoncée des achats de la BCE à la fin de l’année, il reviendra probablement sous les feux de la rampe, mettant certains pays en difficulté. 

Avec une dette nationale correspondant à 130 % de son PIB, l’Italie, par exemple, possède une part légèrement supérieure à 22 % de la dette nationale de la zone euro et une part de 11 % au PIB. En chiffres absolus, l’ampleur devient encore plus claire: alors que la dette de la Grèce s’élevait à environ 350 milliards d’euros, la dette de l’Italie est à l’heure actuelle presque sept fois plus élevée. Vient s’ajouter à cela la réticence manifeste du pays à maintenir son déficit budgétaire dans la limite de 3 % définie par les critères de Maastricht. Si les marchés financiers retirent leur confiance à un pays aussi important que l’Italie, cela pourrait non seulement miner la solidarité européenne, mais aussi mettre à rude épreuve les mécanismes de sauvetage de l’UE.

L’évolution des taux d’intérêt à long terme en Italie montre que les marchés financiers sont conscients de ces problèmes. Les rendements des obligations d’État italiennes à 10 ans sont déjà passés de 2 % à 3,2 %. La seule institution capable de contrer la menace d’une perte de confiance est donc la BCE. Il sera donc particulièrement intéressant d’observer comment la suspicion d’un financement public sera dissipée et comment une intensification des divergences d’opinion avec l’Italie influencera la succession de Mario Draghi. Le fait que Jens Weidmann se soit retiré de la course pourrait être le signe que l’Allemagne est prête à trouver des solutions de compromis pour l’avenir. Même si, en soi, ceci n’aurait pas d’effets positifs sur l’euro.

La prochaine crise de l’euro est-elle alors en vue? Il n’est pas encore possible de le dire. Mais le cap sera fixé dans les 6 à 12 prochains mois. La situation reste passionnante.

* Fondmanager, DWS






 
 

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