Le prix du pétrole et l’inflation

mardi, 10.03.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Lundi 9 mars 2020, les marchés financiers ont été lourdement impactés par la chute du prix du pétrole. Les pays membres de l’OPEP, l’Arabie saoudite en tête, ont tenté de limiter l’offre de pétrole dans le but de contrer la baisse de son prix. La Russie a de son côté préféré viser les producteurs américains de pétrole de schiste et pour ce faire, le pays n’a pas souscrit aux baisses de production proposées par l’OPEP.

Le prix du baril de Brent est tombé en dessous de 37 dollars et celui du WTI a reculé à environ 34 dollars. Une semaine plus tôt, ils s’échangeaient respectivement autour de 52 et 47 dollars. Cette chute de prix constitue la plus importante baisse depuis la guerre du Golfe en 1991. 

Une baisse de prix du pétrole a normalement un effet favorable sur la croissance mondiale, hormis sur celle des pays producteurs. Une simulation réalisée par le FMI (Fonds monétaire international) suggère qu’une baisse de prix du pétrole de 10% pourrait augmenter la croissance du PIB mondial de 0.1 à 0.2 points de pourcentage.  Cela est possible car les perdants, les pays exportateurs de pétrole, ne représentent qu’environ 15% du PIB mondial. Par contre, les investissement dans le secteur pétrolier sont voués à diminuer car le rendement potentiel de son exploitation s’amoindrit. Aux Etats-Unis, les investissements dans le secteur se sont contractés de 65% entre 2014 et 2016, et un tiers des puits de pétrole de schiste était supprimé. Malgré cela, l’effet net sur la croissance américaine a été modérément positif, grâce aux gains du côté des consommateurs (les Etats-Unis sont le plus important importateur au monde, et également un exportateur majeur, ayant même dépassé brièvement l’Arabie saoudite en 2019). 

Si le PIB mondial sortira potentiellement indemne de cet épisode, les budgets des Etats des pays producteurs vont souffrir.  Pour que l’Arabie saoudite équilibre son budget, le pays nécessite un prix du pétrole au-dessus de 80 dollars par baril, contre 49 dollars pour la Russie. En ce qui concerne le pétrole de schiste, le coût de production est estimé entre 25 et 50 dollars par baril. La Russie a terminé l’année 2019 avec un surplus budgétaire de 2.6% du PIB, tandis que l’Arabie saoudite affichait un déficit de plus de 4% de son PIB. La stratégie russe impactera considérablement l’Arabie saoudite mais également l’Iran, le Venezuela, l’Algérie, la Libye, Bahreïn, Oman, ainsi que les Emirats arabes unis – des pays qui ont des coûts de production allant de 70 dollars à 195 dollars le baril – avant même d’impacter les producteurs américains. 

Il serait logique de penser que ces évolutions vont faire baisser l’inflation des prix à la consommation. Halte aux conclusion trop hâtives! L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) affiche une hausse de 8.1% des prix alimentaires ce février par rapport à l’an passé. L’alimentation pèse bien plus lourdement que l’énergie dans un grand nombre d’indices de prix à la consommation (IPC). En Chine, par exemple, l’énergie pèse seulement 2-3% contre 20% pour l’alimentation. Une baisse des prix du pétrole de 30% aura moins d’impact sur l’IPC en Chine que l’augmentation de 8% des prix alimentaires. Pour la zone euro, c’est l’inverse, car l’énergie pèse 11% dans son IPC contre 6% pour ce qui est l’alimentation.

* Global Head of Economic and Investment Research, ndosuez Wealth Management






 
 

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