Le choc Trump-Poutine au sommet du G20

vendredi, 07.07.2017

Le président américain Donald Trump rencontre pour la première fois vendredi le maître du Kremlin Vladimir Poutine, un face-à-face sous haute tension en marge d'un sommet du G20 déjà marqué par les affrontements entre police et manifestants.

Le président américain Donald Trump reçu par la Chancelière allemande Angela Merkel. (Keystone)

Avant même l'ouverture officielle du G20, qui se tient vendredi et samedi à Hambourg, la police a fait état de 111 blessés parmi les forces de l'ordre dans les heurts de la nuit, alors que les protestataires signalaient "de nombreux blessés" dans leurs rangs, "dont certains grièvement", selon l'agence de presse allemande DPA.

Les manifestations ont repris vendredi vers 7 heures, avec pour objectif de bloquer l'accès des délégations à l'enceinte très sécurisée qui accueille le sommet: des voitures ont été incendiées, notamment des voitures de police, et les policiers ont dispersé au moins un cortège avec des canons à eau et du gaz lacrymogène.

Avec un certains succès, les agendas de certaines délégations ayant été perturbés.

Donald Trump a de son côté entamé la journée en promettant sur Twitter de "bien représenter (son) pays et (se) battre pour ses intérêts", à quelques heures d'une rencontre lourde d'enjeux avec Vladimir Poutine, qu'il avait placée la veille sous le signe de la confrontation en dénonçant le "comportement déstabilisateur" de la Russie.

Pour ce premier rendez-vous au sommet entre les deux dirigeants, prévu à 15H45 locales (13H45 GMT), chaque expression, chaque geste sera scruté de près, à l'affût du moindre signe de crispation ou, plus improbable, de complicité.

"Il sont tous les deux à l'aise dans l'intimidation et la diversion (...). Ce qui se passera alors entre eux va probablement définir leur relation future", anticipe Derek Chollet, expert au German Marshall Fund of the United States.

Poutine maître à bord ?

Le président américain, qui après avoir fait l'éloge de Vladimir Poutine a dû battre en retraite devant les soupçons de collusion entre son entourage et le Kremlin et une série de contentieux entre les deux pays, a certainement le plus à perdre.

Au plus bas dans les sondages aux Etats-Unis, il va devoir trouver le ton juste pour tenter de relancer la relation russo-américaine, plombée sous la présidence Obama, mais sans être taxé de faiblesse ou de complaisance envers le maître du Kremlin.

Le format de la rencontre, qui aura des allures de tête-à-tête, suscite d'ores et déjà beaucoup d'interrogations. Donald Trump ne sera en effet accompagné que de son secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, et d'un interprète, a confirmé à l'AFP une source à la Maison Blanche.

"Les deux n'ont aucune expérience en politique étrangère. Ils devraient être accompagnés de +pros+ face à Poutine", relève Thomas Wright, expert à la Brookings Institution.

"Poutine aime les réunions en petit format. Cela veut dire que la Maison Blanche a laissé le Kremlin dicter les termes de la rencontre", s'inquiète l'ancien ambassadeur américain à Moscou, Michael McFaul, en déplorant l'absence de conseillers qui auraient pu tempérer l'imprévisibilité de Donald Trump.

Dans un subtil jeu d'équilibriste, le locataire de la Maison Blanche optera-t-il pour une note "plus constructive", comme l'a suggéré son conseiller à la Sécurité nationale, le général H.R. MacMaster ?

Le chef de la diplomatie américaine a esquissé un possible terrain d'entente sur la Syrie, malgré de vives tensions depuis que les Américains le 18 juin ont abattu un avion syrien qui menaçait, selon eux, leur allié kurde.

Rétorsions

Les Etats-Unis sont "prêts à explorer la possibilité d'établir avec la Russie des mécanismes communs" de stabilisation de la Syrie, dont des zones d'exclusion aérienne et une "livraison coordonnée de l'aide humanitaire", a souligné Rex Tillerson à la veille du sommet.

Sur les sujets plus traditionnels de discussion entre les 20 plus grandes économies développées et émergentes, le sommet de Hambourg ne devrait être guère plus consensuel, à l'exception notable de la lutte contre le terrorisme.

"Nous n'allons pas masquer les différences", a averti la chancelière Angela Merkel à son arrivée jeudi soir à Hambourg.

Là encore, les Etats-Unis, qui ont déjà remis en cause les accords de Paris sur le climat, risquent d'apparaître seuls contre tous s'ils agitent le spectre protectionniste contre la Chine sur l'acier et contre l'Allemagne dans le secteur automobile.

Le vice-ministre chinois des Finances Zhu Guangyao, cité par l'agence Xinhua, a dit à plusieurs journalistes qu'il espérait parvenir à un consensus sur l'attachement au libre-échange, dont "différents pays bénéficient à des degrés divers".

Sur le climat, les discussions entre délégations ne seront "pas franchement faciles" non plus, a concédé Angela Merkel, se refusant à tout pronostic sur un possible compromis.

"Nous allons dire (à Donald Trump, ndlr) que nous pensons qu'il est fondamental qu'il assume un rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique et pour la création d'emplois", a déclaré le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, au quotidien allemand Bild.

La participation de M. Trump à la session de travail officielle sur le climat, prévue à 15h30, restait cependant incertaine, sa rencontre avec M. Poutine étant programmée un quart d'heure plus tard.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a refusé d'y voir un signal quelconque de la part des deux hommes. "Il est important qu'ils se parlent", a-t-il dit. (awp)


 

 
 



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