WEF 2019: la Russie menace de boycotter si ses hommes d'affaires sont écartés

mardi, 13.11.2018

Le Premier ministre Dimitri Medvedev menace de boycotter le Forum économique de Davos si des chefs d'entreprises russes n'y sont pas le bienvenu.

En 2011, Dmitri Medvedev, alors au poste de chef de l'Etat, avait prononcé le discours d'ouverture du Forum. (Keystone)

Si ses hommes d'affaires en sont exclus, la Russie n'enverra pas de délégation au Forum de Davos: c'est la mise en garde lancée mardi par son Premier ministre Dmitri Medvedev alors que plusieurs de ces chefs d'entreprise proches du Kremlin auraient été déclarés persona non grata au grand raout de l'économie mondiale.

Organisé chaque année dans les montagnes suisses, le Forum économique mondial (WEF) a donné l'occasion à la Russie post-soviétique d'étaler devant les élites mondiales la richesse engrangée par ses oligarques avec l'apparition de l'économie de marché, puis la puissance de ses conglomérats d'Etat formés sous Vladimir Poutine, le boom pétrolier des années 2000 aidant.

Si la Russie s'était montrée plus discrète ces dernières années dans un contexte de tensions croissantes avec les Occidentaux, l'événement permettait à ses hommes d'affaires de maintenir un précieux contact malgré les sanctions.

"Si les décisions concernant les représentants d'entreprises russes ne sont pas modifiées, nous devrons prendre la décision de refuser la participation d'entreprises et de hauts fonctionnaires russes au forum de Davos", a assuré le Premier ministre russe au cours d'une conférence de presse en marge d'une rencontre internationale sur l'avenir de la Libye organisée à Palerme (Italie) et diffusée à la télévision russe.

Selon le quotidien britannique Financial Times la semaine dernière, plusieurs hommes d'affaires russes ont été priés, sous la pression de Washington, de ne pas prendre part au Forum qui réunit chaque année le gratin économique et politique de la planète.

Parmi les personnes concernées, le magnat de l'aluminium Oleg Deripaska, le patron de la banque publique VTB, Andreï Kostine, et le propriétaire de la société d'investissement Renova, Viktor Vekselberg. Tous trois ont en commun d'être la cible depuis cette année de sanctions américaines et d'être considérés comme proches de Vladimir Poutine.

Jusqu'à présent, ces informations n'ont pas été confirmées et les organisateurs du Forum de Davos, dont la prochaine édition aura lieu du 22 au 25 janvier 2019, n'ont pas répondu aux demandes de l'AFP.

Mais ces informations sont prises très au sérieux en Russie à un moment où ses relations avec les Occidentaux, en particulier avec les Etats-Unis, sont au plus bas depuis la fin de la Guerre froide.

Washington accuse ce pays de s'être ingéré dans l'élection présidentielle américaine de 2016 et a multiplié les sanctions économiques à son encontre. Plus récemment, l'empoisonnement au Royaume-Uni de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal a fait franchir une nouvelle étape à la crise entre Moscou et le monde occidental.

"Décision très étrange"

Évoquant une "décision très étrange", Dmitri Medvedev a précisé s'être entretenu à ce sujet avec le président de la Confédération helvétique, Alain Berset. "Je lui ai dit que c'est pour nous surprenant, d'autant que c'est une organisation non gouvernementale", a déclaré le Premier ministre russe.

Alain Berset, a-t-il dit, lui a répondu qu'il allait "se renseigner".

Après les informations du Financial Times, le Kremlin avait estimé que le Forum de Davos se couperait de "ses fondements" si Oleg Deripaska ou Andreï Kostine en étaient exclus.

"Deripaska, Kostine et Vekselberg ne sont pas devenus ce qu'ils sont grâce au Forum. Mais le Forum de Davos est devenu ce qu'il est grâce à de tels hommes d'affaires", avait expliqué aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Dans les faits, la présence russe est pourtant réduite depuis plusieurs années à Davos et la période des soirées fastes avec caviar et vodka offerts par les milliardaires russes est déjà révolue. En 2011, Dmitri Medvedev, alors au poste de chef de l'Etat, avait prononcé le discours d'ouverture du Forum mais Vladimir Poutine n'y a jamais participé depuis son retour au Kremlin, en 2012.

La semaine passée, l'agence de presse russe Ria Novosti avait annoncé, citant une source proche d'Oleg Deripaska, que ce dernier n'avait de toute façon pas l'intention de se rendre au Forum, n'étant plus réellement impliqué dans son entreprise Rusal.

En mai, il avait quitté le conseil d'administration de ce géant de l'aluminium afin de le protéger des sanctions américaines le visant.

La banque VTB a de son côté dit à l'AFP que son patron, Andreï Kostine, allait "exposer sa position via une lettre ouverte aux participants du Forum". (awp)






 
 

AGEFI



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