Le populisme nuit à la recherche et au développement

dimanche, 07.10.2018

Jacques Neirynck *

Le populisme (faute de mieux comment le nommer?) est en vogue dans de multiples pays à commencer par les Etats-Unis. Un président cultivant la grossièreté, l’ignorance et le mensonge plait à ceux qui à la fois partagent ces défauts mais en sont humiliés dans la mesure où ils en prennent conscience. C’est la revanche du minus intellectuel, qui a réussi dans les affaires.

L’extension du mouvement en Hongrie, Pologne, Italie, etc., démontre qu’il s’agit d’une tendance forte difficile à contrebattre.

Dans le débat, on devrait se cantonner à la question essentielle pour le plus grand nombre. Le populisme va-t-il améliorer le pouvoir d’achat de tout un chacun? La réponse est négative, car une guerre commerciale n’engendre que des perdants et un nouveau conflit mondial ruinerait la planète.

L’initiative de l’UDC

Le patriotisme dévié en nationalisme n’est pas le remède aux excès de la mondialisation. La Suisse n’est pas indemne du phénomène puisqu’en novembre nous voterons sur une nouvelle initiative de l’UDC, premier parti su pays, visant à endommager nos relations internationales.

Or, une information longtemps inaccessible vient d’être révélée par le Secrétariat d’Etat à la formation (SEFRI). Depuis la votation de 2014 contre l’immigration, la Suisse a pâti de son écartement du programme européen de recherche Horizon 2020.

Un coût de 1,14 milliards

Comme cette décision était contraire au principe de libre circulation des personnes, l’UE a décidé de geler les négociations pour son futur programme de recherche. La même décision fut prise pour le programme d’échange d’étudiants Erasmus

Le coût de cette carence, c’est-à-dire l’absence de subsidiation par l’UE de certains projets suisses, a été supporté par la Confédération, soit 1,14 milliards.

De même, le Conseil fédéral, qui estime qu’un retour au sein du programme Erasmus n’est plus réaliste, demande au Parlement de libérer en plus 114,5 millions de francs pour 2018-2020.

Tel est le prix comptabilisable du vote populaire du 9 février 2014; il y a d’autres coûts cachés comme la perte de leadership sur les projets européens, la diminution des échanges d’étudiants, etc…

Le peuple a tous les droits, y compris celui de se ruiner. En novembre il se prononcera à nouveau sur le droit à l’autodétermination qui menace 600 traités économiques. Il faudrait qu’il sache clairement que ses décisions ont des coûts exorbitants. Pas à la charge d’une sorte de caisse noire de la Confédération qui pourrait à tout moment imprimer des billets. A la charge du contribuable.

La Suisse grâce à la qualité de son système universitaire était bénéficiaire des échanges avec l’UE: elle percevait plus de subsides qu’elle n’avait payé de cotisations. Grâce au talent de nos négociateurs à partir de 2017 la Suisse a pu réintégrer le programme de recherche européen.

Mais cet arrangement est précaire, à la merci d’une nouvelle décision populaire.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI



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