Coronavirus et quarantaine + crise pétrolière = credit crunch

mardi, 10.03.2020

Le point sur la situation après un week-end sous tension pour l’allocation d’actifs.

Florian Roger*

Florian Roger, responsable de la recherche en allocation d'actifs, Exane Derivatives.

L’Italie a décidé ce week-end de placer en quarantaine toute la Lombardie, le nord de l’Emilie-Romagne et l’est du Piémont jusqu'au 3 avril, avant d'étendre la mesure globalement lundi. Les conséquences économiques vont être majeures pour le pays, et les investisseurs anticipent que ce type de mesures va se multiplier dans le monde développé, ce qui engendre un regain d’aversion au risque.

La Russie et l’Opep ne sont pas parvenues à un accord sur la réduction de la production de pétrole pour équilibrer le marché suite au choc de demande entraîné par le coronavirus. L’Arabie Saoudite a alors décidé de casser ses prix et d’augmenter potentiellement substantiellement sa production. Le prix du baril de pétrole est tombé autour de 30 dollars. L’Arabie saoudite pense probablement que la baisse des prix va mettre la production de pétrole russe sous pression. La Russie estime vraisemblablement la baisse des prix va peser sur le shale oil US sous pression, incitant les Etats-Unis à mettre la pression à l’Arabie Saoudite. Le marché du pétrole fait donc face à une crise géopolitique majeure.

Les mesures de quarantaine mises en œuvre en Italie et l’effondrement des prix du pétrole impliquent un stress aigu pour le marché du crédit et sont susceptibles de remettre en cause l’ensemble du scénario macro-financier. Les tensions de liquidité vont être exacerbées, provoquant des dislocations des primes de risque. Compte tenu du niveau de leverage des entreprises et du poids du secteur de l’énergie (environ 13%), les obligations à rendement élevé américaines représentent une classe d’actifs particulièrement vulnérable.

La coopération des autorités et la coordination du policy mix seront déterminantes

Les banques centrales devraient procéder à des injections massives de liquidité lors des prochains jours pour juguler les tensions sur le marché du crédit. La coordination des interventions sera clef pour le marché des changes. La Banque du Japon et la Banque nationale suisse font déjà un usage extensif de leur bilan. Elles risquent donc d’avoir du mal à contenir les pressions à l’appréciation du JPY et du CHF.

Les rendements obligataires souverains US et des pays cœur de la zone euro vont continuer de se comprimer. Les spreads périphériques de la zone euro risquent quant à eux de s’écarter. L’ampleur et la pertinence du policy mix au niveau global, surtout la capacité des différents pays à coopérer, pour contrer les chocs seront cruciales.

En Europe, après plusieurs années de montée du populisme et de développement d’un sentiment anti-européen, la capacité de la zone euro à apporter une réponse communautaire aux difficultés des Etats membres atteints par le coronavirus est un défi majeur mais peut, en même temps, constituer une véritable opportunité : plus de dépenses communes, des émissions d’obligations communautaires pour financer les dépenses sanitaires, un assouplissement quantitatif potentiellement illimité de la BCE pendant la durée de la pandémie...

L’aversion au risque monte d’un cran sur les marchés. Les taux longs nominaux s’écrasent aux Etats-Unis. Les programmes d’assouplissement quantitatif vont accroître la surliquidité mondiale. Cet environnement est très positif pour l’or, même à moyen terme.

Les mesures sanitaires prises pour juguler le coronavirus ont également un coût économique colossal, surtout si elles se traduisent par des mises en quarantaine. La résilience du marché actions chinois suggère néanmoins que les investisseurs sont à même de « digérer » ces impacts, si les mesures sanitaires permettent de contenir la maladie. En revanche, la coïncidence d’une crise pétrolière qui bloque le marché du crédit mondial, provoque un credit crunch et empêche les entreprises de se refinancer pourrait briser le scénario macro-financier global. Pour juguler ce risque, les banques centrales vont injecter des liquidités.

Par ailleurs, il faut que les acteurs politiques proposent un policy mix pertinent et coordonné:

1) Que l’Europe soit capable de proposer une réponse communautaire forte aux difficultés des Etats-membres;

2) Que russes, saoudiens et américains réussissent à se remettre autour de la table pour rééquilibrer le marché du pétrole. L’imminence de l’élection présidentielle aux Etats-Unis devrait inciter Donald Trump à mettre énormément de pression pour cela... un paradoxe pour un président qui a passé son mandat à affaiblir toutes formes de coopération internationale!

* Responsable de la recherche en allocation d'actifs, Exane Derivatives






 
 

AGEFI



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