Le PIB, inepte face aux enjeux de durabilité

mercredi, 30.09.2020

Marie Owens Thomsen *

En prélude au premier sommet des Nations unies sur la biodiversité, une soixantaine de leaders politiques mondiaux ont signé ce lundi un «Engagement des dirigeants pour la nature» dans lequel ils promettent d’œuvrer à inverser la courbe de perte de biodiversité d’ici à 2030. Signe d’une volonté politique manifeste qui a jusqu’ici fait défaut?

Quand on s’aperçoit généralement des grandes tendances qui traversent nos époques, elles sont en réalité à l’œuvre depuis bien longtemps. Le réchauffement climatique occasionné par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre est à ce titre criant. Les émissions de CO2 ont augmenté lors de la révolution industrielle, il y a plus de 250 ans. Cette tendance s’est nettement accélérée au XXe siècle. Les scientifiques, avec la formation du Giec, le groupement d’experts intergouvernemental sur le climat à la fin des années 80, qui a abouti sur les Accords de Paris de 2015 ont mis à l’agenda l’urgence climatique et les défis auxquels doivent faire face les économies pour changer leur modèle.

Prise de conscience tardive

Cette prise de conscience tardive peut s’expliquer en partie par l’absence de donnés. Les émissions de CO2 sont mesurées systématiquement depuis 1958 seulement.

Les conséquences de notre mode de production et de consommation ne restent à ce jour que partiellement éclairées.

Le concept de Produit Intérieur Brut, le PIB, développé par Simon Kuznets en 1937, fait toujours foi pour mesurer la croissance économique d’un pays.

Cet indicateur comptabilise la production d’un pays, à l’image d’un compte de pertes et profits d’une entreprise. Mais contrairement aux entreprises, tenues à publier un bilan qui évalue l’ensemble de leur capital, les pays n’ont à ce jour rien d’équivalent, même si plusieurs pays, comme la Nouvelle-Zélande ou encore Costa Rica progressent dans ce sens.

L’absence de bilan qui évalue le capital naturel et humain d’un pays a conforté l’opinion publique dans l’idée que les nations affichant le plus fort taux de croissance bénéficieraient dans les grandes lignes de la meilleure politique économique. Pourtant, sans bilan, comment déterminer si cette croissance créée réellement de la valeur? Ou au contraire, si elle est réalisée au détriment des ressources du pays concerné. Cette question demeure au cœur de l’évaluation d’un modèle de croissance d’un pays, afin de déterminer s’il est pérenne ou non.

Les nombreuses sources

de capital

La Banque mondiale propose une estimation du capital des pays, dans «The Changing Wealth of Nations» publié en 2018. Bien que l’ouvrage soit admirable, de nombreuses sources de capital restent à évaluer: l’eau, les ressources d’énergies renouvelables ainsi que les nombreux services naturels rendus par les écosystèmes.

La valeur du capital humain est, elle, davantage comprise et prise en compte. Elle augmente en fonction du niveau d’éducation, de l’accès aux soins et de la longévité d’une population, ce qui permet d’accroître les revenus. Il existe aussi pléthore d’indicateurs de bien-être humain. La Nouvelle-Zélande a entrepris d’ajouter à son PIB un bilan de bien-être de sa population. Si la croissance économique est importante, elle ne garantit pas à elle seule l’amélioration du niveau de vie.

Le PIB, étendard des indicateurs économiques, est inepte face aux défis de la durabilité. Il est grand temps de valoriser notre capital naturel et humain. Mesurer pour comprendre et surtout mesurer pour accompagner la transition de nos modèles économiques.

* Head of Global Trends, Lombard Odier Investment Managers






 
 

AGEFI



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