Le partenariat social, une bonne réponse au congé parental

jeudi, 23.08.2018

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

Une Commission fédérale extraparlementaire propose un congé parental de 38 semaines à répartir entre le père et la mère du nouveau-né. Une idée aussi généreuse qu’irréaliste qui, fondamentalement, ne laisse pas indifférentes de nombreuses entreprises.

La Commission fédérale de coordination pour les questions familiales (COFF) a jeté ce week-end un lourd pavé dans la mare avec son concept de congé parental de 38 semaines réparti entre pères et mères. En pleine discussion sur l’initiative populaire qui réclame quatre semaines de congé paternité, qu’une commission des Etats propose d’ailleurs de réduire de moitié, il fallait oser.

Si elle a suscité des réactions pour le moins mitigées, cette idée aussi généreuse qu’irréaliste a le mérite de pointer du doigt une problématique très concrète à laquelle le monde de l’économie est toujours plus confronté. La structure familiale évolue, le monde du travail change aussi. Il s’agit de s’adapter à cette mutation. Le choix de fonder une famille relève d’un choix personnel qui n’appartient pas à l’entreprise et dont celle-ci n’a pas à porter la responsabilité. En revanche, elle a tout intérêt à mettre en place des conditions favorables à l’ensemble de ses collaborateurs pour qu’ils puissent trouver un juste équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.

Bon nombre d’entreprises, d’ailleurs, n’ont pas attendu ce genre de débat pour mettre sur pied un tel congé, dans la mesure des possibilités de chacun. Elles aménagent, chaque fois que cela est réalisable, des politiques familiales arrangeantes. Cela dit, les possibilités ne sont évidemment pas les mêmes pour une multinationale ou pour une PME de dix personnes. Dans cette dernière, l’absence d’une personne est plus difficile à compenser. Pour cette raison, notamment, je pense qu’il convient de trouver des solutions flexibles, lesquelles passent par des temps partiels pour les hommes comme pour les femmes, le télétravail et l’augmentation des places d’accueil pour les enfants. Pour mémoire, la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) a été à l’origine de la Fondation vaudoise d’accueil de jour de la petite enfance et elle a accepté le prélèvement d’une contribution auprès des employeurs pour la financer dès l’origine.

Dans le cadre de son enquête conjoncturelle d’automne 2017, la CVCI avait sondé ses membres à propos de l’initiative visant à introduire un congé paternité flexible de quatre semaines. Si une très légère majorité des répondants (51%) se déclarait favorable à un tel système, les avis étaient toutefois très partagés, puisqu’une majorité des industriels (56%) rejetait cette option. Seuls 22% des répondants accordent en fin de compte un congé paternité, qui atteint une durée moyenne de 6,3 jours.

Ce résultat montre donc une certaine évolution du monde de l’entreprise. Des freins importants subsistent toutefois, car 63% des répondants opposés à cette initiative mettaient en avant l’obstacle de la structure de l’entreprise, et 49% estimaient que cela générerait des coûts trop élevés. Des solutions personnalisées en fonction des moyens et des organisations devraient dans tous les cas être encouragées.

Un bon partenariat social vaut souvent mieux que des contraintes légales éloignées de la vie réelle.

* Directrice, CVCI






 
 

AGEFI



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