Caisses de pension… investissez dans les start-up!

mercredi, 18.07.2018

Anne Tschanz Vakula*

Le parallélogramme Zurich-Saint-Gall-Lausanne-Genève est en passe de devenir une sorte de Silicon Valley bis. C’est vrai concernant la proportion d’incubateurs, d’accélérateurs et autres hubs technologiques hébergeant des start-up, cela l’est malheureusement moins du point de vue du nombre et de la fortune des investisseurs qui s’intéressent à eux et investissent dans les jeunes pousses technologiques.


Les fonds de pension suisses pourraient et devraient prendre le relais des VCs, et autres business angels.

«Pourraient» car l’ordonnance OPP2 autorise jusqu’à 15% en placements alternatifs, soit notamment les investissements dans des sociétés non cotées.


«Devraient» car une allocation sensiblement supérieure en private equity (PE), dont une part substantielle en «early stage investments», semble offrir aux fonds de prévoyance une performance globale à long terme nettement supérieure si l’on regarde du côté de nos amis anglo-saxons.

Deux exemples emblématiques

Pendant les dix dernières années, nos caisses de pension helvètes n’ont atteint qu’une triste performance annuelle moyenne de 2,1%, alors que celle des fonds de pension canadiens s’élevait à 10,1%. Ces derniers détiennent en moyenne 23% de private equity, à comparer avec un maigre 0,9 % pour les fonds de pension suisses! Un constat similaire peut-être effectué avec les fonds de pension américains, ou en tous cas avec les «meilleurs» d’entre eux, soit les «endowment fund» des écoles et universités américaines. J’ai choisis deux exemples emblématiques: le fond de l’Université Yale (qui a formé la crème de la crème de l’élite américaine) et le fond CalPERS (California Public Employees Retirement System).


Au 30 juin 2017, le fonds Yale (https://investments.yale.edu) était investi à hauteur de 17% en venture capital (VC) pour une performance sur 10 ans de son portefeuille dans cette classe d’actifs s’élevant à 14%.  Quand à CalPERS (www.calpers.ca.gov) il était investi à hauteur de 7,5 % en VC (soit un montant de 26,93 dollars sur un total de 355,54 milliards de dollars!) pour une performance annualisée sur 10 ans de 13%. Certes, le rapport ne détaille pas la proportion de PE en «early stage + technology» soit les toutes jeunes entreprises innovantes et non cotées, mais il laisse entendre que cette catégorie n’est pas en reste.


Enfin, le fonds de prévoyance Nestlé - un des premiers de classe en Suisse et l’une des rares exceptions qui confirme la règle - a atteint une performance annuelle moyenne sur les 3 dernières années de près de 12% pour, ou notamment grâce à, une allocation en PE de 7%.

Changer en mieux

Tous ces chiffres sont frappants et parlent d’eux-mêmes: tout le monde a intérêt à voir en Suisse un financement diversifié des start-up, c’est à dire pas seulement par quelques VC funds, business angels, et autres oligarques russes (notamment Viktor Vekselberg et Dmitry Rybolovlev si l’on examine les registres du commerce et qu’on lit Bilan Top 300).
Ces différents investisseurs doivent être remerciés et loués mais la conclusion s’impose: avec le conseil de consultants indépendants et spécialisés, les caisses de pension suisses, à l’image des fonds de Yale et CalPERS, devraient enfin suivre l’exemple du grand frère américain: il n’est jamais trop tard pour changer en mieux!

* Directrice, Sergan Management






 
 

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