Start-up: après une année record de financement, la chute libre

mardi, 21.04.2020

Le nombre de tours de financement de start-up a augmenté de 36% l'année dernière par rapport à 2018 en Suisse. Cette année devrait être marquée par une chute massive des investissements en raison du coronavirus. Biotech et medtech devraient tirer leur épingle du jeu.

SG

329 tours de financement ont eu lieu en Suisse l'année dernière pour un volume total de 1,5 milliard d'euros. (Keystone)

Après un record de financement l'année dernière, une chute massive des financements de start-up est à prévoir pour 2020 en raison de la crise actuelle du coronavirus. En 2019, la valeur totale du financement des start-up européennes a augmenté de 46% par rapport à l'année précédente, pour atteindre 31,1 milliards d'euros, indique la société d'audit et de conseil EY*. Cependant, le nombre de tours de financement, 4246, n'a augmenté que de 1%. Chaque transaction individuelle s'est donc élevée en moyenne à 7,3 millions d'euros. 

En Suisse, il y a eu un total de 329 tours de financement de start-up, soit 36% de plus qu'en 2018, ce qui place la Suisse au 4e rang des pays européens derrière le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne. La plupart des accords suisses ont été conclus à Zurich (114) et à Lausanne (43). Ces 329 transactions suisses ont un volume total de 1,5 milliard d'euros, sont environ 1,3 milliard en 2018, dont 368 millions ont été levés à Zurich et 246 à Bâle. L'année dernière, la plus grande opération suisse a été conclue par la start-up zougoise Arvelle Therapeutics (159,3 millions d'euros), qui est la 26e plus grande opération en termes de volume de tous les tours de financement européens.

Le segment biotechnologique en Suisse ont engrangé l'an dernier un chiffre d'affaires total de 4,8 milliards de francs, contre 4 milliards en 2018. La hausse a été alimentée par les revenus des collaborations conclues par AC Immune, Basilea et Crispr Therapeutics, ainsi que par l'accélération des revenus des produits déjà commercialisés.

Crispr Therapeutics a par ailleurs réalisé la plus importante levée de fonds du secteur en 2019, avec 436 millions de francs sur un total de 1,2 milliard. ADC Therapeutics et Sophia Genetics se sont également illustrés parmi les sociétés non cotées, avec respectivement 101 et 76 millions, selon le rapport du cabinet EY.

Vers un recul massif des ventes

"2019 sera probablement la dernière année record pour l'écosystème des start-up européennes pour le moment", déclare Roger Krapf, associé chez EY et directeur de l'initiative start-up en Suisse. "La pandémie de coronavirus n'entraînera pas seulement une baisse significative des investissements, mais de nombreuses entreprises devraient également subir un recul massif des ventes. En peu de temps, cette pandémie est devenue un défi existentiel pour les jeunes entreprises en Europe et dans le monde", explique Roger Krapf.

Malgré la crise imminente, le Royaume-Uni a pu maintenir et même étendre sa position de leader sur la scène des start-up européennes en 2019. Au total, 11,1 milliards d'euros ont été accordés à des start-up britanniques, soit 54% de plus qu'en 2018. Quatre des cinq plus grands tours de financement en Europe l'année dernière sont allés à des start-up britanniques. Cependant, le nombre de tours de financement a chuté de 8%, à 971. 

"Plus grande épreuve de son histoire"

Un déclin des activités de financement en Europe était déjà évident au second semestre de 2019. Par rapport au premier semestre, le volume d'investissement a diminué de 15 %, à 14,2 milliards d'euros, et le nombre de tours de financement a également baissé de 15 %, à 1944. Roger Krapf prévoit que le nombre de transactions et les sommes investies diminueront encore plus fortement en 2020. L'ampleur de ce phénomène dépendra de la force et de la durée de la crise actuelle. "Une chose est sûre, l'écosystème des start-up européennes est confronté à la plus grande épreuve de son histoire", déclare M. Krapf. 

L'année dernière, une énorme somme d'argent a été allouée aux jeunes entreprises européennes - mais la majeure partie de l'argent est allée à quelques grandes entreprises qui disposent déjà de beaucoup de capitaux. "Cela signifie que la majorité des start-up ne sont financées que pendant quelques mois et ont besoin d'argent frais par la suite", explique M. Krapf. Dans cette situation difficile, il est crucial que le marché du financement ne se tarisse pas complètement, car cela affaiblirait gravement la capacité d'innovation des jeunes pousses européennes et les ferait reculer de plusieurs années. 

La santé numérique va connaître un boom

Dans le même temps, il devient évident qu'une numérisation encore plus poussée de l'économie est indispensable. "Il devient maintenant évident que les plateformes sont importantes, par exemple, lorsque les enseignants enseignent à leurs élèves via livestream. Et quel avantage ont les entreprises qui ont déjà mis en place des solutions de bureau à domicile et des outils de conférence Web fonctionnels", déclare Stefan Rösch-Rütsche, Country Managing Partner EY Suisse.

Des entreprises et des secteurs d'activité sortiront plus forts de cette crise, selon Stefan Rösch-Rütsche. "La santé numérique au sens large va connaître un boom, et le développement dans ce domaine va et doit clairement s'accélérer maintenant. Les segments de la biotechnologie et des technologies médicales en bénéficieront également. Les domaines de la logistique, de l'alimentation, du commerce en ligne, de l'apprentissage en ligne, de la communication en ligne et des modèles dits "software as a service" pourraient également connaître un essor à moyen terme. À notre avis, cependant, ce sera plus difficile pour les start-up, notamment dans les domaines des voyages, de la mobilité et des événements." 

*L'étude d'EY est basée sur une analyse des investissements réalisés en 2019 dans les start-up européennes; les entreprises qui n'ont pas plus de dix ans sont considérées comme des start-up. 






 
 

AGEFI



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