Le niveau de la mer et l’impermanence de l’univers

jeudi, 10.09.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

L’humanité traite à tort le niveau de la mer comme s’il était constant. Ce biais tient au fait que depuis 7000 ans les températures, et donc le niveau de la mer, sont relativement stables. Il est intéressant de noter que cette perception coïncide avec l’émergence de notre civilisation.

Pourtant, le niveau de la mer a connu d’importantes fluctuations durant toute l’histoire de notre planète. Il y a 50 millions d’années, la Terre ne possédait pas de glaciers. La Floride était sous l’eau. Historiquement parlant, Miami devrait se trouver à 80 mètres sous la surface de la mer. Vu sous cet angle, il apparaît évident que notre ère est en fait glaciaire. Ainsi, le réchauffement auquel nous assistons constitue-t-il une période anormalement chaude dans une ère exceptionnellement froide de l’histoire de la Terre. La dernière fois que la planète a traversé une période glaciaire comparable, c’était il y a quelque 650 millions d’années.

Depuis 2,7 millions d’années environ, l’alternance entre glaciation et réchauffement s’accélère. Normalement, notre planète devrait être en train de se refroidir, mais la quantité de gaz à effet de serre que nous projetons dans l’atmosphère nous a placés sur une trajectoire opposée.

Des températures aussi élevées n’ont été observées que quatre fois en 400.000 ans. Trois calottes glaciaires ont déjà disparu et il nous en reste deux: celles du Groenland et de l’Antarctique. Si la glace de ces deux calottes devait fondre intégralement, le niveau de la mer augmenterait de 66 mètres.

Ces six dernières années, la vitesse de la fonte des glaciers a doublé. Une fois qu’un tel processus s’installe, des effets dynamiques peuvent s’enclencher. Il y a 14 800 ans, le niveau de la mer a augmenté de quatre mètres tous les 100 ans durant plusieurs siècles.

Une accélération depuis 1960

Il est impossible de prédire avec précision de combien le niveau de la mer augmentera dans les années à venir, mais l’histoire nous enseigne que pour chaque degré Celsius supplémentaire, le niveau de la mer augmente de 2,3 mètres. Depuis 1880, la température globale moyenne a augmenté d’un degré et le niveau de la mer de 25 centimètres. Ainsi, l’humanité se trouve-t-elle dans un décalage relativement aux effets historiquement associés au réchauffement et un rattrapage interviendra probablement sur la durée, même si l’on parvient à stabiliser les températures aux niveaux actuels.

Notre époque de stabilité relative se trouve désormais menacée par une augmentation du niveau de la mer d’un millimètre par an depuis 1800. Depuis 1960, le rythme s’est même accéléré à trois millimètres par an. D’importantes variations autour de cette moyenne existent car la terre bouge sous nos pieds. New York s’enfonce tandis que la Suède s’élève, par exemple. La situation devient critique pour New York dès que le niveau de la mer augmente d’un mètre.

Au niveau mondial, 600 millions de personnes habitent les côtes se situant à moins de dix mètres au-dessus de la surface de la mer. 60% des villes ayant une population de cinq millions d’habitants ou plus, se trouvent sur des côtes vulnérables, dont trois millions de personnes rien qu’en Allemagne.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) évalue à 350 millions le nombre de personnes à risque d’ici 2050, pour des biens représentant potentiellement une valeur équivalent à 10% du produit intérieur brut (PIB) global. Selon la Banque d’Angleterre, 30% de la capitalisation boursière pourrait ainsi être à risque.

Seul l’impermanence est constante dans notre univers. La façon dont nous allons nous y adapter dès aujourd’hui sera déterminante. Pour les générations actuelles, comme pour les générations futures.

Head of Global Trends, Lombard Odier






 
 

AGEFI



...