Engouement pour les ESG et l’investissement durable

mardi, 05.11.2019

Le monde obligataire de l’investissement responsable continue de se complexifier avec l’arrivée de nouveaux instruments.

Catherine Reichlin*

Qu’ont en commun le producteur d’énergie italien Enel et l’Uruguay? Le premier s’est déjà engagé, avec un succès mitigé qui a alimenté la controverse, sur le chemin des obligations liées aux SDGs (Sustainable Development Goals). Le second réfléchit à émettre la première obligation durable souveraine, un format entre obligation verte et obligation sociale. Bien que similaire en apparence, ces deux types d’obligations sont en réalité bien différents. 

Depuis l’été 2018 la Banque mondiale émet des obligations durables qui permettent de financer des projets dans les pays les plus pauvres. L’objectif principal est d’éradiquer la pauvreté extrême et stimuler une croissance durable et profitable à tous. Ces projets aident ensuite les pays à faire face aux problématiques, notamment, environnementales. L’impact social positif en amont retire des obstacles et facilite la résolution des problématiques. Une prise de conscience qui atteint également les entreprises des pays développés. 

Ouverture d’un nouveau débat

Selon une étude de Clifford Chance et de l’Economist Intelligence Unit auprès de 200 des plus grandes entreprises, les problématiques ESG sont dorénavant au premier rang de leurs préoccupations. Avec une conscience croissante de l’importance du S de l’acronyme. Le cas d’Enel est différent. En choisissant d’émettre la toute première obligation liée aux SDGs, à laquelle s’ajoute un facteur de performance, le producteur d’énergie innove et ouvre un nouveau débat. Enel s’est fixé des objectifs de développement durable et considère à ce titre que le format de cette obligation est aligné à sa stratégie globale. Inutile dès lors de devoir spécifier pour quels projets les fonds levés seront utilisés. Elle innove également en y adjoignant un facteur de performance: si elle n’est pas parvenue d’ici à 2021 à augmenter sa part de production d’énergie renouvelable de 46% à 55%, le coupon de l’obligation sera augmenté de 25bp. De quoi attirer de nombreux investisseurs. Avec 4 milliards de dollars de demande le succès de l’emprunt a été tel que les conditions ont été fortement resserrées et le montant émis a été augmenté de 1 milliard de dollars à 1,5 milliard de dollars. Des conditions bien plus serrées que celles des emprunts existants!

Les investisseurs spécialisés ont pour leur part boudé l’emprunt. La rémunération conditionnelle n’en fait pas une structure plus robuste sur un plan ESG. A fortiori sur des objectifs de performance qui avaient déjà été fixés. En outre, une part importante de l’électricité produite par Enel reste «sale» (charbon, gaz) et les investissements dans ce segment de production continueront. Nous sommes donc loin des formats obligations vertes où le créancier prête uniquement sur des projets «verts» spécifiques. 

Le monde obligataire de l’investissement socialement responsable continue ainsi de croître et de se complexifier avec l’arrivée de nouveaux instruments. Pour en revenir à l’Uruguay qui étudie ses options et s’apprête à s’engager sur le chemin de l’innovation, souhaitons-lui de ne pas susciter de controverse et aux investisseurs d’apprendre à regarder au-delà des labels.

*Responsable Recherche financière chez Mirabaud & Cie






 
 

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