«Nous sommes les créateurs d’une nouvelle génération de produits financiers»

vendredi, 25.01.2019

Le modèle d'affaires de la start-up zurichoise GenTwo repose sur la création rapide et à faibles coûts d’un fonds commun de créances hors-bilan. Interview de Patrick Loepfe, CEO et fondateur.

Levi-Sergio Mutemba

Patrick Loepfe a créé la plateforme d’émission multi-émetteurs Deritrade de la banque d’investissement Vontobel.

Ensemble, Patrick Loepfe et Philippe Naegeli ont créé l’an dernier la start-up GenTwo, dont le modèle d’affaires repose sur la création rapide et à faibles coûts d’un fonds commun de créances hors-bilan. La titrisation y est sur mesure et peut inclure pratiquement n’importe quel type d’actifs. Patrick Loepfe est un mathématicien diplômé de l’École polytechnique fédérale de Zurich, créateur de la plateforme d’émission multii-émetteurs Deritrade de la banque d’investissement Vontobel. Philippe Naegeli est pour sa part un entrepreneur ayant dirigé plusieurs sociétés financières et été notamment CEO de Derivative Partners. Patrick Loepfe détaille pour l’Agefi sa vision de l’industrie et du marché des produits structurés.

Quels sont globalement les facteurs actuels de la demande de produits structurés? Qui les achète et qui les vend?

La singularité sera l’une des forces majeures de la demande de produits structurés. Chez GenTwo, nous pensons que cela aura un effet durable sur l’environnement des marchés de capitaux. Les gérants d’actifs, par exemple, seront en mesure de déterminer leurs stratégies d’investissement de façon plus ouverte et transparente. Ils seront donc capables de commercialiser leurs propres compétences d’une manière toujours plus ciblée. Toutefois, afin de se créer un positionnement fort sur le marché, une véritable ou authentique allocation d’actifs ne se limitera plus aux seuls actifs dits bancables. De nouvelles méthodologies présenteront des avantages pour tous les acteurs, qu’il s’agisse d’asset managers, de courtiers, de banques ou autres intermédiaires financiers. Bien sûr, il y aura toujours quelqu’un qui achète et qui vend des produits structurés. Mais cette question sera moins pertinente à l’avenir, dès lors que les acteurs financiers enrichiront leurs propres rôles. La raison en est que l’investissement est sur le point de connaître un changement fondamental pour des raisons conceptuelles. Les modèles d’affaires existants traversent une phase de transformation, d’une façon similaire à la transformation de l’industrie de la musique avec l’apparition de Spotify, où l’offre de chansons importe moins que les personnes qui les demandent et les écoutent.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2018?

Après la chute des cours boursiers vers la fin de l’année dernière, le turnover des produits structurés conventionnels a eu un impact négatif sur les volumes d’émission pour l’ensemble de l’exercice 2018. En revanche, le marché de la titrisation de produits financiers non bancables n’a pas vraiment été affecté par la détérioration globale du sentiment des investisseurs. Ce que nous observons, c’est une transformation continue des marchés. Comme nous l’évoquions précédemment, la seule façon de faire la différence sera d’afficher des performances exceptionnelles et durables qui impliqueront de nouveaux types d’actifs sous-jacents non bancables. C’est ainsi que les émetteurs pourront accélérer leur croissance mais également accroître la taille du marché. Or, jusqu’à tout récemment, les marchés privés des actions et de la dette comme le private equity, les diamants, l’art, les voitures, les prêts directs entre particuliers ou peer-to-peer lending n’étaient pas titrisables sous forme de produit d’investissement. Cela a changé. De plus en plus de clients s’intéressent à la titrisation d’actifs non bancables.

L’année 2019 présente-t-elle des défis spécifiques pour les émetteurs de produits structurés, ainsi que pour les investisseurs?

Aussi bien les intermédiaires que les émetteurs continueront d’être confrontés aux mêmes problèmes de ces dernières années. À savoir l’érosion irréversible de leurs marges et les barrières naturelles à la croissance. Dans le même temps, les investisseurs poursuivront leur quête désespérée de nouvelles sources de rendement. Ainsi, tant le buy-side que le sell-side seront amenés à agir de manière plus innovante et créatrice, dès lors que les solutions existantes échouent à donner pleine satisfaction.

Comment la Suisse se distingue-t-elle des autres places financières en ce qui concerne les produits structurés?

Comparé à de nombreuses autres places financières dans le monde, la Suisse jouit d’une longue tradition dans les produits structurés. Les solutions intelligentes y sont bien établies. Et les intermédiaires financiers suisses les utilisent volontiers en tant que source de rendement, a fortiori dans le contexte actuel de faibles taux d’intérêt. Par conséquent, le savoir-faire suisse en la matière y est globalement très développé. Mais le plus important pour nous n’est pas de savoir si le marché est plus avancé qu’un autre. Nous accueillons en effet les clients du monde entier. Nous faisons d’eux des innovateurs. Notre vision de long terme est de contribuer au développement de tous les marchés et à les rendre plus attrayants aux yeux des investisseurs. Nous sommes en mesure de le faire, car notre modèle d’affaires et notre plateforme ne se limitent pas à une seule région.

Quel est le modèle d’affaire de GenTwo et en quoi est-il pertinent du point de vue des investisseurs et des clients?

Nous sommes les créateurs d’une nouvelle génération de produits financiers. Nous servons nos clients grâce à notre capacité de titriser non seulement des actifs bancables mais également non bancables dotés d’un numéro d’identification ISIN suisse. Nous élimons également le risque d’émetteur, ce qui nous permet d’offrir une solution d’émission de produits avec des coûts minimes. Notre approche spécifique des produits d’investissement hors-bilan résout le problème de l’érosion des marges et de la multiplication des entraves à la croissance pour de nombreux acteurs des marchés financiers. Elle ouvre aussi une nouvelle dimension en termes de potentiel de performance, rien qu’en offrant un accès à un univers quasiment illimité de classes d’actifs. Les intermédiaires financiers, y compris ceux de petite taille, peuvent utiliser notre plateforme pour lancer leurs propres produits innovants, en ajoutant à leurs stratégies d’investissement aussi bien des actifs bancables standards que de nouvelles classes d’actifs. Ces avantages s’appliquent également aux banques et autres grandes institutions financières. En nous intégrant à leurs plateformes existantes, ces dernières se donnent les moyens de créer de l’innovation dans leurs affaires. Citons aussi des avantages comme le prix et la flexibilité opérationnelle, de même que ceux liés au fait de faire partie d’une communauté innovante en constante évolution avec des échanges de savoir-faire pertinents, autant d’atouts qui peuvent faire une différence fondamentale dans un environnement en perpétuel changement.

Ce modèle peut-il devenir une norme pour l’ensemble des émetteurs?

Absolument. Grâce à notre plateforme, les distributeurs financiers peuvent désormais mettre en place des idées et stratégies d’investissement encore personnalisées, développer des arguments de vente uniques et se positionner sur le marché d’une façon exceptionnelle. Avec nous, ces acteurs peuvent étendre leurs stratégies et leurs projets leur permettant d’atteindre une nouvelle dimension en termes de croissance. Il est à noter que la plupart des intermédiaires financiers ne sont pas conscients des nouvelles opportunités qui se présentent à eux en termes  de performances et de croissance. Dans le métier de l’investissement, les commissions, par exemple, appartiendront au passé. La vraie raison des développements disruptifs n’est pas la technologie en soi, mais la manière dont nous l’utilisons. Une industrie moderne est toujours axée sur les fins ou les objectifs. La conséquence logique en est un modèle de partenariat modulaire capitalisant de manière optimale sur les talents de chaque intervenant. L’avenir repose ainsi sur la modularité et la valeur additionnelle résultant de l’effet de réseau, ce qu’on appelle plus communément «démarche communautaire».

Est-ce que les banques traditionnelles devraient intégrer les services de GenTwo afin de stopper l’érosion de leurs marges, voire les augmenter?

Elles le devraient si elles désirent en effet arrêter cette érosion. L’intérêt croissant des banques vis-à-vis de nos activités le confirme. La pression qui pèse sur l’ensemble des intermédiaires financiers est énorme. Ceci étant dit, il est vrai que le talent et l’expérience des banques sont rémunérés. Aussi, la confiance dans le système bancaire demeure. Le seul élément manquant jusqu’ici est l’instrument qui devrait être utilisé. Autrement dit, la titrisation d’actifs qui n’était possible que par de grandes institutions financières en raison de la complexité de l’opération. Non seulement le processus de titrisation n’était pas facile, impliquant exclusivement de très gros montants, mais il prenait beaucoup de temps. GenTwo, en soi, n’est pas un émetteur. C’est un malentendu auquel nous sommes souvent confrontés. En tant que facilitateur ou catalyseur d’affaires, nous offrons simplement un accès à une plateforme de titrisation que nous avons créée. Cet outil peut être facilement mis en place dans le modèle d’affaires des grandes banques traditionnelles. Par conséquent, nous serons capables de transformer les acteurs du marché en puissants innovateurs. En ce sens, nous nous considérons comme une entreprise innovante que les banques, les gérants d’actifs et les courtiers peuvent utiliser comme une machine à titriser.






 
 

AGEFI



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