Les cliniques privées ont démontré qu’elles ont le sens de l’intérêt général

mercredi, 29.04.2020

Le mode de fonctionnement mis en place à Genève pour combattre le Covid-19 est le reflet d’un processus lancé en 2012 selon le président de Genève-Cliniques Gilles Rufenacht.

Christian Affolter

Gilles Rufenacht. Président de Genève-Cliniques et directeur général des cliniques Hirslanden La Colline et des Grangettes.

Le canton de Genève a mis en œuvre une répartition des tâches assez simple pour gérer les soins pendant la période de charge supplémentaire provoquée par les patients atteints de Covid-19. Les HUG se sont occupés des cas Covid-19, tandis que les interventions urgentes ont été confiées aux cliniques privées. Cette répartition des tâches n’est pas synonyme d’un changement de régime soudain. Elle s’inscrit au contraire dans un processus lancé depuis 2012 au moins. C’est ainsi que retrace le président de Genève-Cliniques et directeur général des cliniques Hirslanden La Colline et des Grangettes Gilles Rufenacht l’expérience de ces dernières semaines. Entretien.


Quel est votre bilan de la période la plus intense de Covid-19?
Notre priorité a été de répondre à cette pandémie de manière coordonnée avec les hôpitaux publics. L’union sacrée a porté ses fruits, dans le sens qu’à aucun moment, les hôpitaux n’ont été dépassés. Aucun patient n’a été laissé de côté. Il y a eu une coordination incroyable au sein du réseau de soins et un engagement sans faille aussi bien des médecins indépendants que du personnel soignant Maintenant, avec le déconfinement progressif, on se réjouit de constater que cette collaboration se poursuit.


La perception des cliniques privées a-t-elle donc changé?
C’est un processus qui est en cours depuis 2012. Au départ, nous étions plutôt dans un rapport de force. Je rappelle que la réforme de la LaMal avait introduit une notion de concurrence renforcée pour les entités publiques également. Nous avions donc souhaité tendre vers une égalité de traitement entre les acteurs, pour démontrer que les cliniques privées peuvent contribuer à la maîtrise des coûts. La gestion commune de la crise actuelle est un aboutissement de ces efforts, pas un point de départ. Les remerciements du conseiller d’Etat Mauro Poggia explicitement à l’adresse des cliniques privées témoignent du grand respect mutuel, et sont la démonstration que nous avons évolué l’un envers l’autre. Quant aux cliniques privées, elles ont démontré au cours de cette crise qu’elles ont le sens de l’intérêt général, qui les guide.


Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’opposition idéologique entre hôpitaux publics et cliniques privées?
Nous avons en effet cassé quelque chose d’idéologique. Il y avait deux mondes, les cliniques privées censées être axées uniquement sur la performance et les bénéfices faisant face aux hôpitaux publics certes formateurs, mais qui auraient plutôt envie de dépenser. Une véritable relation de confiance s’est créée entre les deux. Et avec une relation de confiance, d’autres opportunités se présentent déjà.


Qu’est-ce que cela signifie pour la culture d’efficience des cliniques privées?

Bien évidemment, les cliniques privées ne peuvent pas se permettre d’avoir des structures déficitaires. Mais aujourd’hui, les hôpitaux publics sont jugés sur leur performance eux aussi. Cependant, la performance ne peut plus être dissociée de la qualité et de la formation. Ainsi, les hôpitaux formateurs sont indispensables à une solution de qualité. Les médecins des cliniques privées ont été formés dans le secteur public. Les expériences menées ont montré à quel point il est possible de développer des centres de qualité dans les cliniques privées qui participent elles aussi à la formation et à la recherche. Pour le cancer du sein par exemple, nous avons deux centres certifiés et reconnus dans le canton, l’un aux HUG, l’autre à la Clinique des Grangettes, qui est accessible aux patients de l’assurance de base également.


Covid-19 ne va donc pas provoquer d’autres changements?
Au-delà de l’aboutissement déjà mentionné, la collaboration dans le cadre de ce combat a créé des liens, qui vont perdurer.


L’interdiction des interventions non urgentes n’était-elle pas excessive?

La répartition des tâches entre les hôpitaux publics et les cliniques privées était assez claire. Les hôpitaux cantonaux s’occupent des cas Covid-19, les cliniques des interventions urgentes. Mais il est clair que l’arrêt des interventions électives a provoqué des conséquences financières négatives, les HUG ont déjà estimé à 15 millions les surcoûts liés la gestion des patients Covid-19 et à 40 millions directement de déficit direct liés à cette interdiction, et probablement dans le même ordre de grandeur pour les cliniques. Le canton a déjà demandé une estimation de l’impact financier pour nos cliniques. D’autres cantons, comme Berne notamment, sont déjà entrés en matière. Il faut tenir compte du fait que pendant cette période, nous étions un hôpital multisites. Cela dit, pour ces questions financières, nous sommes convaincus que le conseil d’état nous soutiendra, comme il l’a fait d’ailleurs pour beaucoup d’entreprises.


Quel bilan tirez-vous de vos huit ans en tant que président de Genève-Cliniques?
C’est une période formidable, dans un secteur en pleine mutation. Je tire une grande satisfaction du fait que nous ayons pu passer d’une sorte de cristallisation des relations en 2012 à une grande coopération. La reconnaissance pour l’ensemble des acteurs privés, aussi au niveau de leur mission de soigner au mieux la population, avec la totalité du réseau sanitaire régional, en collaboration avec les soins à domiciles, la réhabilitation, montre que nous n’avons pas travaillé pour rien. Notre démarche a apporté beaucoup de crédibilité à la philosophie d’être contributif tout en conservant la responsabilité de la maîtrise des coûts.


Quel a été l’élément clé pour la mise en place de ce dialogue?

A l’initiative de Genève-Cliniques, les Etats généraux de la santé, qui ont désormais lieu chaque année, réunissent tout le monde autour de la table. Les cliniques privées sont devenues une force de proposition, et nous avons été entendus. Ce rendez-vous de tous les acteurs de la santé va s’élargir à toute la Suisse romande, et il est une sorte de fil rouge pour l’association très engagée à garantir une qualité élevée de prise en charge. Ces Etats généraux ont aussi contribué à la prise de conscience du fait que l’innovation peut faciliter la maîtrise des coûts.






 
 

AGEFI



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