L’or à son plus bas niveau depuis 19 mois

lundi, 20.08.2018

Le métal jaune se traite pour la première fois depuis mars 2017 à moins de 1200 dollars l’once.

Pierre-François Donzé*

Même si beaucoup d’investisseurs financiers sont encore en vacances, les marchés boursiers ont encore vécu une semaine plutôt agitée. La chute de la livre turque a donné le ton d’une semaine très volatile sur les actions mondiales, les matières premières et les devises. Les inquiétudes concernant les effets de contagion sur les marchés émergents et le secteur financier européen ont été mises en évidence avec la crise turque.

Il reste que, malgré les craintes liées aux conséquences du protectionnisme et à la vigueur de la croissance, l’économie américaine fait preuve d’un dynamisme qui contraste de plus en plus avec le reste du monde. Les chiffres des ventes au détail du mois de juillet ont confirmé qu’elle peut toujours s’appuyer sur une demande interne solide. Il est donc dans la logique que les ménages américains aient une abondance d’emplois, des salaires en progression et un effet de richesse positif grâce à la hausse de la valeur de leur patrimoine. En plus, la baisse de leur imposition contrebalance le retour de l’inflation. Le taux de croissance de la consommation des ménages n’augmente pas mais reste à +2.5%, ce qui est bien au-dessus des autres économies développées. 

Les traders reprennent leur souffle après des ventes massives de matières premières. C’était assez surprenant que le prix de l’or n’ait pu se distinguer des autres métaux.

Il se traite pour la première fois depuis mars 2017 à moins d’USD 1200 l’once. Malgré sa réputation de valeur refuge lors des tensions géopolitiques, les investisseurs délaissent l’or pour le moment et privilégient les bons du «Trésor américain» ce qui rend le dollar encore plus fort. 

Les dernières données publiées reflètent le pessimisme des investisseurs et leur volonté de profiter de la faiblesse du marché pour «shorter» ou réduire leur position en or. La spéculation via les positions «shorts» est particulièrement importante et a atteint un nouveau record.

Nous pensons que la faiblesse du prix de l’or est temporaire et qu’il devrait trouver du support autour d’USD 1140 l’once avant d’opérer un renversement de tendance.

Recommandations

Kudelski (ISIN: CH0012268360, prix: CHF 9.02)

La société a publié des résultats mitigés au 1er semestre. Avec un chiffre d’affaires en repli d’une dizaine de pourcents et une perte nette d’USD 36 mio, soit environ USD 10 mios de plus qu’attendu. 

Kudelski est dans une phase de restructuration et de développement voulue. Le développement de l’activité cybersécurité et internet des objets (IoT) prend du temps et nécessite des investissements. Depuis l’initiation en 2012 de ce nouveau pôle d’activité, devant devenir à terme le relais de croissance du groupe, Kudelski a investi plus d’USD 100 mios. La technologie propriétaire développée et les services proposés vont prendre un certain temps pour s’imposer sur le marché mais ils constituent un axe stratégique de développement pour l’avenir de la société. Le groupe confirme que le pôle cybersécurité atteindra son point d’équilibre financier en 2020. 

A court terme, les effets consentis à son repositionnement pèsent bien évidemment sur la rentabilité du groupe mais ils constituent, selon nous, un «mal» nécessaire à son essor futur

Avis sur le titre: garder.

Bayer (ISIN: DE000BAY0017, prix: EUR 78.40)

Monsanto, le géant des semences et herbicides que Bayer a acheté en juin de cette année pourrait faire face à des dommages élevés dans le dossier du glyphosate. Cet ingrédient aurait un effet cancérogène selon l’organisation mondiale de la santé (mais pas selon l’Union européenne).

La condamnation surprise par un jury californien à verser USD 290 millions de dommages à un plaignant suite à l’utilisation d’un herbicide, le Roundup, est un premier cas. Plus de 5000 personnes intentent actuellement un procès contre un autre produit, le Dicamba, utilisé dans les cultures de plantes génétiquement modifiées. 

Le groupe Bayer entend faire appel de cette décision, mais les coûts et les délais sont difficiles à estimer. A titre de comparaison, Bayer avait versé USD 4 milliards pour un produit anti cholestérol, le Baycol, qui avait causé le décès de plusieurs patients. Le produit antidouleur Vioxx avait coûté USD 5 milliards à Merck. Mais les effets cancérogènes sont plus difficiles à prouver.

Pour achever l’intégration de Monsanto, Bayer va encore se délester d’environ 2 milliards d’actifs dans l’agrochimie. Les semences, insecticides et désherbants sont cédés à son concurrent BASF.

Avis sur le titre: correction récente (-18%) surfaite mais pas de fort potentiel à court terme. Garder.

*Gérant discrétionnaire de la Banque Bonhôte & Cie SA






 
 

AGEFI



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