Marché du ski: la tendance est à la régression

jeudi, 14.11.2019

Le marché du ski helvétique ne roule pas sur l'or. La tendance est à la diminution de la durée moyenne des séjours en station.

Les Suisses n'hésitent plus à aller skier en Italie, en Autriche ou en France.(Keystone)

Hiver plus doux en raison du réchauffement climatique, manque de neige, baisse du nombre de skieurs notamment chez les jeunes, cherté de ce loisir en Suisse, diversification des activités hivernales en stations, concurrence internationale: le marché helvétique du ski n'est pas à la fête. La saison 2019/2020 sera très instructive pour dégager la tendance.

"Même si cela a bien marché pour les stations de ski ces deux derniers hivers, on observe en Suisse une régression du marché du ski sur la dernière décennie", relève Christophe Clivaz, professeur sur le site de Sion de l'Institut de géographie et de durabilité de l'Université de Lausanne.

La tendance est à la diminution de la durée moyenne des séjours en station, explique cet expert. Même les amateurs de ski en vacances une semaine ont tendance à ne plus prendre l'abonnement des remontées mécaniques pour la semaine mais seulement pour deux, trois ou quatre jours, observe-t-il.

"C'est sûr, on ne va pas vers une augmentation du nombre de skieurs. On remarque notamment que les jeunes pratiquent moins ce loisir", constate aussi Manu Broccard, professeur à l'Institut de tourisme de la HES-SO Valais.

"Plus donné à tout le monde"

Outre l'îlot de cherté suisse qui est ce qu'il est, les deux spécialistes avancent de nombreuses raisons pour expliquer les difficultés actuel du marché du ski: hiver plus doux et manque de neige, saisons donc raccourcies, les multiples activités proposées en stations en dehors du ski et une concurrence intenable des pays frontaliers. Les Suisses n'hésitent plus à aller skier en Italie, en Autriche ou en France.

"Cela devient un loisir qui n'est plus donné à tout le monde en Suisse", souligne M. Clivaz. De nombreuses personnes abandonnent le ski pour des questions financières. A se demander si à l'avenir ce sport-loisir ne sera plus réservé qu'à une frange aisée de la population? Après deux bons hivers, la saison hivernale qui vient sera très intéressante et importante à observer pour dégager une tendance, selon lui.

M. Broccard met aussi en évidence un autre et nouveau facteur: "le ski ne donne pas la meilleure image en terme de développement durable". L'accessibilité des stations de ski en transports publics sera en ce sens un enjeu pertinent dans le futur.

Offensive tarifaire: "il était temps"

L'offensive tarifaire des remontées mécaniques en général devrait mettre du baume au coeur et du beurre dans les épinards de ce marché du ski en perte de vitesse. Pour attirer les skieurs et touristes d'hiver, plusieurs formules existent à travers les Alpes: billetteries et abonnements de ski communs à plusieurs stations, style Magic Pass, prix avantageux en fonction de la demande et de la période, prix forfaitaires pour les familles, forfaits annuels, etc.

"Il était temps que les remontées mécaniques bougent et évoluent sur les tarifs", estime M. Broccard. Les deux experts saluent l'effort fait ces deux ou trois dernières années par ces acteurs. Mais de rappeler aussi que deux tiers environ des sociétés de remontées mécaniques suisses sont subventionnées par les collectivités publiques locales et donc par les contribuables.

Reste aussi que le secteur de l'hôtellerie coûte cher, avec des coûts fixes très élevés et des conditions-cadres très rigides qui ne permettent pas de "casser" les prix des nuitées en montagne et de s'aligner sur la concurrence internationale. "Les coûts d'investissement sont monstrueux en Suisse pour l'hôtellerie", fait remarquer Manu Broccard.

"Ce n'est pas tant aux secteurs de l'hôtellerie et du tourisme de se bouger mais à la politique, à la Berne fédérale, de le faire et de soutenir ainsi l'industrie du ski", affirme ce Valaisan. "Il faudrait une Bourse ou une Banque du tourisme qui soutienne les investissements dans ce secteur", suggère-t-il. Car avec les banques traditionnelles, il est difficile d'obtenir des prêts pour le tourisme, selon lui.(awp)






 
 

AGEFI




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