Les assureurs subissent violemment le coronakrach

jeudi, 19.03.2020

Le marché boursier a sanctionné sévèrement Swiss Re, Helvetia et Swiss Life. Vraisemblablement trop. Les dettes souveraines et publiques causent des soucis.

Philippe Rey

Walter B. Kielholz. Le président du conseil d'administration de Swiss Re auquel succédera Sergio Ermotti en 2021.

Swiss Re et Helvetia Holding ont été les plus brutalement sanctionnés par le marché suisse des actions (SIX Swiss Exchange), avec des baisses de l’ordre de 50% et 45% cette année, devant Swiss Life (plus de 40%) alors que celles affectant Baloise, Zurich Insurance Group et Vaudoise Group se situent aux environs de 28% à 35%.

Une chute de l’ordre de 50% s’apparente à un cas de «contrarian investing», dans le jargon financier, ou d’investissement possible à contre-courant ; ce qui exige un tempérament pouvant se différencier des comportements moutonniers que l’on observe aujourd’hui à différents niveaux.

La crise sanitaire, économique et boursière que l’on vit comporte son lot d’irrationalités, comme on l’a vécu lors des précédentes grandes crises. En particulier au sujet des sociétés d’assurances, tant en ce qui concerne l’actif que le passif de leur bilan, au plan des placements de capitaux et celui de la structure de financement au travers des différents engagements. Il faut aussi distinguer, à ce propos, en fonction des exigences des différentes normes comptables, en particulier IFRS. Groupe Vaudoise applique les normes Swiss GAAP RPC.  

Remboursement des dettes des Etats en question

A l’actif du bilan, les dettes souveraines et publiques constituent un sujet de préoccupations compte tenu de l’explosion des dépenses de soutien à l’économie, ainsi que de l’aggravation subséquente des déficits budgétaires et de l’endettement des Etats, régions, et communes/municipalités, qui résultera de l’état d’urgence instauré de façon dictatorial en plaçant différents pays dans le coma. 

A tel point que les investisseurs se demandent si la dette de certains Etats de la zone euro, dont la France et l’Italie, pourront être remboursée. Certes, la Banque centrale européenne (BCE) agit, mais cela suffira-t-il ? Les dettes de la Confédération, des cantons et villes risquent aussi d’augmenter massivement.

La dette souveraine et publique représente un multiple des fonds propres de Zurich, Helvetia, Swiss Life et Baloise. Le levier (asset leverage) est plus petit de ce point de  vue pour Swiss Re.

La sanction au-dessus de la moyenne par le marché s’agissant d’Helvetia provient également de l’acquisition pour près d’un milliard de francs de Caser, considérée comme onéreuse par le marché, de l’assureur espagnol. D’évidence, le timing aurait pu être meilleur, mais on est toujours plus intelligent a posteriori. Deux tiers du prix doivent être financés par de la dette et le reste, environ 300 millions, au moyen d’une augmentation de capital représentant 5% à 10% du capital-actions existant.

Un effet de levier positif devrait permettre de respecter l’objectif d’un taux de rendement des fonds propres (ROE) de 8% à 11%. Mais cela était avant la disruption causée par le coronakrach. Des adaptations du financement seront-elles nécessaires vu la situation actuelle ? Difficile d’y répondre. Helvetia s’exprimera vraisemblablement sous peu sur sa situation.  

Quoi qu’il en soit, à l’heure où on clame haut et fort en Suisse des mesures d’allégement pour les innombrables entreprises et employés touchés par le coronavirus au plan financier, on peut aussi attendre une certaine clémence des autorités de tutelles ou de surveillance des marchés financiers et du secteur de l’assurance, à savoir la Finma. En suspendant, si besoin, des règles contraignantes pour les assureurs, notamment celles imposant les valeurs instantanées.

«Cash-positive»

Il est bon de rappeler que les assureurs sont normalement «cash-positive», ils décaissent moins pour le paiement des sinistres qu’ils n’encaissent de primes. Ils ne sont donc nullement forcés à vendre leurs placements pour faire face à leurs engagements. Seuls des normes parfois absurdes les contraignent à le faire. La situation actuelle requiert un comportement pragmatique de la part des autorités de tutelle.

 

 

 

 






 
 

AGEFI



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