La Turquie plonge à nouveau dans la tourmente financière

samedi, 18.08.2018

Le maintien de l'assignation en résidence du pasteur en dpit des menaces de sanctions américaines a encore fait baisser la livre turque.

La livre turque, qui a pourtant repris des couleurs cette semaine après une spectaculaire débâcle, piquait à nouveau du nez vendredi. (Keystone)

La Turquie a maintenu vendredi l'assignation à résidence d'un pasteur américain, en dépit de nouvelles menaces de sanctions des Etats-Unis, qui ont mis à mal la livre turque et auxquelles Ankara a promis de répliquer.

Un tribunal d'Izmir (ouest) a rejeté vendredi un nouveau recours du pasteur Andrew Brunson, dont le sort est au coeur de l'une des plus graves crises diplomatiques entre Ankara et Washington, deux alliés au sein de l'Otan, depuis près d'un demi-siècle.

Cette décision survient au lendemain de nouvelles pressions américaines : le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a prévenu jeudi que Washington prendrait des sanctions supplémentaires si Ankara ne libérait pas le pasteur Brunson.

Ces menaces ont été balayées par Ankara vendredi. "Nous avons répliqué (aux sanctions américaines) en accord avec les règles de l'OMC et nous continuerons de le faire", a déclaré la ministre turque du Commerce, Ruhsar Pekcan.

Gel des avoirs de ministres de part et d'autre, augmentation réciproque des tarifs douaniers sur certains produits... : les sanctions déjà prononcées par Washington et les mesures similaires prises par Ankara ont créé un vent de panique sur les marchés

Et alors que la crise diplomatique ne montre aucun signe d'apaisement, la livre turque, qui a pourtant repris des couleurs cette semaine après une spectaculaire débâcle, piquait à nouveau du nez vendredi.

En fin de journée, la devise turque avait perdu près de 4% face au dollar, comparé à jeudi soir, repassant au-dessus de la barre des 6 livres pour un billet vert.

Vers l'Europe

Dans la tourmente financière, la Turquie a néanmoins reçu un soutien de poids mercredi: le Qatar a promis d'investir 15 milliards de dollars dans le pays.

Et le président Recep Tayyip Erdogan s'est entretenu cette semaine avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, signe qu'Ankara veut se rapprocher de l'Europe après deux années de tensions liées à la situation des droits de l'homme en Turquie.

Dans la foulée de ces entretiens, le ministre turc des Finances Berat Albayrak s'est entretenu vendredi avec son homologue français, Bruno Le Maire.

Au cours de cet entretien, ils se sont accordés à "renforcer leur coopération et agir ensemble face aux sanctions américaines", selon un tweet de M. Albayrak. Et des équipes des deux ministères se retrouveront à Paris le 27 août, selon Anadolu.

"Modérément convaincant"

M. Albayrak, qui est le gendre du président Erdogan, s'est efforcé de se montrer rassurant au cours d'une téléconférence inédite jeudi avec plusieurs milliers d'investisseurs.

Il a affirmé que son pays "émergerait encore plus fort" de la crise de la livre, dont la valeur a fondu d'environ 40% par rapport au dollar cette année.

Il a également rejeté les éventualités d'un plan d'aide du Fonds monétaire international (FMI) ou d'un recours au contrôle des capitaux.

Mais son allocution n'a pas suffi à rasséréner les marchés, le cabinet de conseil Capital Economics jugeant ainsi sa performance "modérément convaincante".

Outre les tensions avec les Etats-Unis, les économistes restent également préoccupés par la mainmise de M. Erdogan sur l'économie.

Les marchés ont sévèrement sanctionné le refus de la banque centrale de relever ses taux d'intérêts le mois dernier, en dépit de la chute de la monnaie nationale et d'une inflation galopante. M. Erdogan, partisan de la croissance à tout prix, s'y oppose fermement.

Pour l'agence de notation Fitch, les mesures annoncées sont ainsi "incomplètes" et "il est peu probable qu'elles permettent seules de stabiliser durablement la devise et l'économie".

Note en baisse

Pour cela, il faudrait "une hausse de la crédibilité des politiques et de l'indépendance de la banque centrale, la tolérance d'une croissance plus faible et une réduction des déséquilibres macroéconomiques et financiers", estime l'agence.

Et dans la soirée de vendredi les agences de notation Standard and Poor's et Moody's ont abaissé la note de la dette de la Turquie, SP projetant même une récession en 2019.

La note de SP est abaissée à "B+", s'enfonçant dans la catégorie des investissements considérés comme très spéculatifs.

Celle de Moody's passe à "Ba3" avec une perspective négative, indiquant qu'elle pourrait encore l'abaisser dans quelques mois.

L'agence signale un "affaiblissement continu des institutions publiques turques" et "les préoccupations grandissantes relatives à l'indépendance de la banque centrale".

Preuve peut-être du rapprochement souhaité avec l'Europe, la justice turque a ordonné cette semaine la libération de deux soldats grecs et du président d'Amnesty International en Turquie, des décisions inattendues dans deux affaires très critiquées en Europe. (awp)






 
 

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