Perspectives économiques pour 2020: entrée dans une nouvelle ère d’incertitude

mercredi, 05.02.2020

Le maintien de la contraction des échanges mondiaux par rapport au PIB combiné à la persistance d’un niveau élevé d’incertitude tend à entamer le potentiel de production.

Alexis Gray*

Alexis Gray.

Alors que l’incertitude géopolitique joue les prolongations et où l’imprévisibilité des politiques économiques devient la nouvelle norme, nous pensons que ces influences pèseront négativement sur la demande en 2020 et sur l’offre à long terme. Le maintien de la contraction des échanges mondiaux par rapport au PIB combiné à la persistance d’un niveau élevé d’incertitude tend à entamer le potentiel de production. Ce type de phénomène se produit lorsque l’on restreint les investissements et que l’on entrave la diffusion des technologies et des idées qui stimulent la croissance de la productivité. C’est pourquoi nous tablons sur le maintien d’une croissance modérée sur une grande partie de l’année.
Selon nos prévisions, la croissance américaine va repasser en dessous de la tendance à environ 1,3% en 2020, avec un risque de récession qui demeure élevé. En Chine, aussi, la croissance s’est inscrite à un niveau inférieur à l’objectif fixé cette année et devrait continuer de ralentir autour d’un rythme inférieur à la tendance de 5,8% pour l’exercice 2020. L’économie de la zone euro a continué de ralentir du fait de sa sensibilité au commerce industriel ainsi que des effets ralentisseurs découlant de l’incertitude liée au Brexit. La croissance dans la zone euro devrait rester faible, à environ 1%. Les marchés émergents resteront exposés aux défis suscités par les différends commerciaux en 2020, en particulier en Asie.

Les banques centrales peinent à inspirer confiance

Ces dernières années, les grandes banques centrales ont fait preuve d’une incapacité persistante à atteindre leurs objectifs en matière d’inflation. Cela peut s’expliquer en partie par l’interaction de plusieurs facteurs structurels persistants, notamment les progrès technologiques et la mondialisation, qui poussent certains prix à la baisse, ainsi que par le fait que les marchés de biens et du travail soient apparemment incapables de répondre à la baisse du chômage et à l’intensification de l’utilisation des capacités.
Aussi longtemps que ces forces séculaires perdureront et que les écarts de production se creuseront dans le contexte de contraction actuel, l’inflation restera probablement faible. La crédibilité des politiques est un facteur déterminant de l’inflation. Depuis plusieurs années, les attentes inflationnistes des consommateurs et des marchés financiers s’inscrivent, pour la plupart, toujours en-deçà des objectifs fixés par les politiques, signe de la montée des doutes quant à l’efficacité de la politique monétaire, et ce, pour tout un éventail de raisons, notamment techniques ou politiques. Ces attentes de faible inflation confirment nos prévisions de tendances inflationnistes modérées.

L’assouplissement monétaire demeure le pivot central

La Fed ayant jusqu’à présent réduit ses taux de 75 pb en 2019, nous tablons sur de nouvelles réductions des taux des fonds fédéraux de 25 à 50 pb avant fin 2020. La BCE a une nouvelle fois abaissé son taux directeur en territoire négatif, de 10 pb, le portant à -0,5%. En 2020, nous pensons que la BCE maintiendra globalement inchangée sa politique, les risques s’orientant vers un nouvel assouplissement.
Malgré les doutes quant à l’efficacité de nouvelles mesures de relance de la politique monétaire, nous ne pensons pas que les mesures budgétaires seront suffisantes pour stimuler l’activité de façon significative. La Chine, par exemple, a déjà cessé sa politique de soutien actif au désendettement et va probablement intensifier ses mesures de relance monétaire et budgétaire face à des vents contraires croissants. Ces efforts seraient calibrés de manière à davantage permettre un atterrissage en douceur plutôt qu’un fort rebond de la croissance, compte tenu de la préoccupation des décideurs politiques autour des enjeux de stabilité financière.
L’intensification des risques menaçant la croissance et le faible niveau d’inflation pourraient amener la Banque du Japon à réorienter légèrement sa politique, à travers des mesures compensatoires de manière à amortir les impacts négatifs pour les institutions financières. Les pays émergents sont susceptibles d’emboiter le pas de la Réserve fédérale dans sa tendance à l’assouplissement de sa politique.

Vers une persistance de la faiblesse des rendements dans le monde

Dans un contexte de poursuite du ralentissement de la croissance mondiale en 2020, les investisseurs devront s’attendre à des épisodes périodiques de volatilité sur les marchés financiers, compte tenu des incertitudes accrues quant aux politiques monétaires, des risques liés à la fin de cycle et du niveau tendu des évaluations. Les perspectives à court terme des marchés actions mondiaux demeurent réservées, et la probabilité d’un recul significatif des actions et d’autres actifs à bêta élevé reste importante et nettement supérieure à ce qu’elle serait dans des conditions de marché normales. Les actifs à revenu fixe de haute qualité, dont les rendements attendus ne sont positifs qu’en termes nominaux, demeurent une composante de diversification essentielle au sein d’un portefeuille.
Les rendements devraient demeurer, au mieux, modestes au cours de la prochaine décennie. Les rendements attendus des titres à revenu fixe ont chuté du fait de l’abaissement des taux directeurs, de la diminution des rendements toutes échéances confondues et du resserrement des spreads des sociétés. Les rendements annualisés des marchés obligataires américains devraient se situer entre 2 et 3% au cours de la prochaine décennie, contre des prévisions de 2,5 à 4,5% l’année dernière. Les perspectives pour les rendements des titres à revenu fixe mondiaux hors Etats-Unis se situent dans une fourchette de 1,5%-2,5%, sur une base annualisée. Concernant le marché actions américain, les perspectives de rendements annualisés au cours des dix prochaines années se situent entre 3,5% et 5,5%, tandis que celles des rendements des marchés actions mondiaux hors Etats-Unis devraient se situer entre 6,5% et 8,5% pour les investisseurs américains, du fait du niveau plus raisonnable des valorisations.
On peut s’attendre à moyen terme, à ce que les banques centrales finissent par s’engager dans la voie d’une normalisation de leurs politiques monétaires, à savoir relever les taux sans risque par rapport aux faibles niveaux observés actuellement. Cela permettra de bénéficier d’évaluations plus attrayantes pour les actifs financiers. Néanmoins, les perspectives de rendement devraient rester bien inférieures à celles des décennies précédentes et des années d’après-crise, les actions mondiales ayant progressé de plus de 10% par an en moyenne depuis l’effondrement des marchés. Compte tenu des perspectives de ralentissement de la croissance économique mondiale et d’inflation modérée, les taux sans risque et les rendements des actifs devraient demeurer inférieurs à leurs niveaux historiques pendant une période prolongée.

* Economiste senior, Vanguard






 
 

AGEFI




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