Sulzer réduit l'écart avec le leader global dans le secteur des eaux

mercredi, 19.02.2020

Sulzer a augmenté son chiffre d’affaires de plus de 10% à 3,75 milliards de francs en 2019 et son bénéfice net d’un tiers à 154 millions. Le groupe zurichois spécialisé dans les pompes anticipe une modeste progression en 2020, hors effets du coronavirus.

Piotr Kaczor

Greg Poux-Guillaume, le CEO de Sulzer, estime qu'avec deux tiers d'activités faiblement cycliques, le groupe zurichois est bien plus résilient que beaucoup ne le pensent.

Après avoir surpassé les attentes au premier trimestre 2019 au niveau des commandes et déçu le marché au deuxième trimestre au niveau de la marge opérationnelle, en raison des coûts de restructurations de la division des systèmes d’applicateurs APS, le groupe zurichois Sulzer, basé à Winterthour, a communiqué mercredi des résultats annuels qui sont ressortis au-dessus des attentes du consensus au niveau du chiffre d’affaires mais en dessous de ces prévisions pour les entrées de commandes et dans le bas de la fourchette pour la marge EBIT et le bénéfice net. L’année 2019 a été marquée par une forte croissance organique des commandes (+6,3%) et du chiffre d’affaires (+10,8%) et par une marge EBIT rehaussée à 6,5% (5,5% en 2018). Alors que le bénéfice net a bondi de 36% à 154 millions de francs. Pour 2020, la direction anticipe, hors impact du coronavirus, une modeste progression de 2-4% des prises de commandes et de 1-3% des ventes, et une légère amélioration de la marge opérationnelle EBITA à une fourchette comprise entre 10,2% et 10,5%, après 10% en 2019. L’action Sulzer a cédé 0,4% à 106,60 francs mercredi, réduisant à 7% le gain du titre sur un an. Ce qui valorise Sulzer à 3,65 milliards de francs. Rencontre mercredi à Zurich avec Greg Poux-Guillaume, CEO du groupe Sulzer depuis un peu plus de quatre ans.

Les affaires de Sulzer semblent évoluer à un rythme de croisière enviable, sauf pour le segment Beauté - au sein de la division des Systèmes d’applicateurs (APS) qui a essuyé un recul des volumes et des commandes - ainsi qu’au niveau de la clientèle industrielle…

L’évolution moins favorable du segment Beauté tient aux chamboulements en cours dans un secteur dont les acteurs, par exemple Coty en Suisse, investissent davantage en ce moment dans les soins dermatologiques (Skin Care) que dans les cosmétiques. Alors qu’émergent nombre de nouvelles compagnies comme Kylie Jenner, dont Coty vient précisément de racheter l’enseigne. Mais le poids du segment Beauté est mineur avec un chiffre d’affaires de quelque 150 millions. L’impact est donc marginal sur Sulzer et nous sommes en voie de redresser cette activité, dont nous restons le leader. Les applicateurs en plastique soufflé sont fabriqués sur des machines de moulage par injection. Les brosses et applicateurs conçus pour des applications dentaires ou pour des adhésifs sont produites sur les mêmes machines et selon les mêmes processus. Comme chacun de ces segments correspond à une niche, il faut répondre aux besoins de plusieurs niches différentes pour dégager suffisamment de volumes.

Quelles sont les synergies d’APS avec les autres activités de Sulzer ?

Il n’y a pas de synergies. C’est l’une des activités de Sulzer qui ne produit pas de synergies avec les autres activités Sulzer. Pas même avec celles de la division Chemtech, qui avait conçu ces systèmes d’applicateurs. Les activités de Chemtech reposent sur des processus de séparation et il y a une vingtaine d’années, leurs responsables avaient cherché à développer de nouvelles applications mais en inversant les processus, soit dans le mixing et non pas dans la séparation.

Cette activité reste-t-elle essentielle pour Sulzer ?

C’est une activité super-rentable avec une marge EBIT de 21% Ce métier serait même mieux valorisé en dehors de Sulzer qu’au sein même du groupe, de l’ordre de 15 fois son excédent brut d’exploitation EBITDA alors que pour Sulzer, ce coefficient n’est que de 9 fois. Mais nous avons encore beaucoup de projets de développement pour APS.

Conséquence du coronavirus, en Chine 73% de vos effectifs et 63% des employés essentiels à la production sont opérationnels. Vous avez expliqué l’impact du coronavirus notamment par un effet de report attendu des affaires du premier au deuxième semestre en Chine. Mais avec une partie des affaires «non rattrapable» ?

Cette partie non rattrapable tient au fait qu’en tant qu’employeur responsable, nous payons nos salariés qu’ils travaillent ou non. Ce qui va se traduire par des charges supplémentaires, même si nous serons en mesure de rattraper les volumes par des heures supplémentaires et par des intérimaires en plus.

Vous avez souligné aujourd’hui que près de deux tiers des affaires de Sulzer correspondent à des activités faiblement cycliques, avec quelle part d’activités défensives ?

Les pièces détachées et le service sur la base installée correspondent à 45% des affaires de Sulzer. Même quand le marché est défavorable, les gens continuer de faire tourner leurs usines, espaçant peut-être les intervalles de services pour économiser un peu. En 2015-1016, lorsque le marché a fortement baissé, notre activité de services a très bien résisté.

Cela correspond-il aussi à 45% d’affaires récurrentes et cette proportion vous donne-t-elle satisfaction ?

Dans ce métier, la récurrence n’existe pas vraiment. La vente d’une pompe n’assure pas de volumes garantis, mais le client vous sollicitera en premier lieu lorsqu’il aura besoin de pièces détachées. Sur une durée prolongée, statistiquement, il y a donc néanmoins récurrence.

Plus cette proportion est élevée, mieux c’est. D’autant qu’il s’agit d’activités à fortes marges. L’an dernier, nos activités de services ont enregistré une croissance de 10%. Nous «poussons » par conséquent ces activités de manière agressive car plus cette proportion est élevée, plus Sulzer est résilient. Les activités pour le secteur de l’eau le sont cependant aussi: que le marché soit favorable ou non, les villes doivent traiter leurs eaux usées.

Ce qui porte la part des affaires défensives à 58% ?

Auxquelles on peut ajouter les applicateurs pour le secteur dentaire, soit 5% de plus. La résilience de Sulzer tient au fait que le service et les pièces détachées, les eaux usées et le dentaire ne sont pas des marchés cycliques.

La part du secteur des eaux est donc en hausse ?

A la faveur d’une croissance organique de 17% l’an dernier ainsi que des acquisitions, de JWC par exemple en 2018. D’autant que nous restons à l’affût d’acquisitions dans le secteur des eaux. Et que nous sommes bien positionnés en tant que numéro deux, derrière un imposant numéro un, l’Américain Xylem, dont nous nous rapprochons progressivement.

Vous ne craignez donc pas d’éventuel effet de point culminant dans le cycle ?

Notre portefeuille est équilibré, de qualité et diversifié en termes de marchés ave deux tiers d’activités faiblement cycliques. Ce qui nous rend résilient, davantage que beaucoup ne le pensent.

La division Rotating Equipment Services, est en mesure de produire des pièces détachées par «additive manufacturing » de qualité équivalente, autrement dit par impression 3D ?

En effet. De qualité équivalente voire supérieure à la production par fonderie. C’est l’une de nos spécificités car la complexité de l’impression 3D pour le métier des pompes c’est qu’elles opèrent souvent dans des environnements corrosifs et que ces pièces sont faites dans des alliages très sophistiqués, assez compliqués à manier en «additive manufacturing». Notre savoir-faire ne repose par sur les printers ni même sur les poudres requises à cet effet mais sur l’application efficace de ces poudres en répondant aux exigences de coûts et de qualité mécanique.

Le pétrole et le gaz ne représentent que 28% des affaires du groupe

Les principaux débouchés de Sulzer concernent le secteur du pétrole et du gaz mais vous estimez que la stratégie de Sulzer est mal perçue, trop identifiée à ce secteur ?

Le pétrole et le gaz ne représentent en effet que 28% des affaires de Sulzer, suivis par la chimie, à hauteur de 22%, et par le secteur des eaux avec 13%. Nous sommes par conséquent bien diversifiés. Notre stratégie est appropriée mais sa perception doit en effet être changée.

Continuez-vous de miser sur la propension de vos clients du secteur du pétrole et du gaz à investir à la suite de la phase haussière des prix de ce secteur ?

Nous sommes plutôt dans une phase baissière en raison des inquiétudes suscitées par le coronavirus. Alors que les spécialistes du marché pétrolier anticipaient une augmentation de 1,2 million de barils par jour sur l’année en cours, l’effet chinois pèse actuellement à hauteur de 300'000 barils par jour, faisant donc disparaître 30-40% de la croissance attendue cette année. Il y a donc une interruption de la demande qui tendra à maintenir les prix plutôt bas sur l’année mais qui sera suivie d’une remontée au fur et à mesure du rétablissement économique.

En dépit de cette perception erronée ou du moins exagérée de Sulzer comme fortement exposé au pétrole et au gaz, le groupe a été récompensé par plusieurs distinctions durables ou ESG. A la faveur de la meilleure efficacité énergétique rendue possible par vos produits ?

Tout à fait. Notre notation ESG s’explique par plusieurs facteurs, y compris au niveau de la Gouvernance et de la composante Sociale. Sur la partie Environnementale, notre bonne réputation résulte aussi des nouveaux produits dans les biopolymères et du recyclage des plastiques et des émissions que favorisent nos produits, ainsi que la réduction de l’empreinte carbone des infrastructures. Si la pompe vendue à une raffinerie est plus efficace que les autres pompes du marché en termes énergétiques, Sulzer contribue à améliorer la situation et à protéger l’environnement.

Mais les critères ESG excluent parfois les énergies fossiles ?

L’exclusion tend à porter sur le charbon plutôt que sur les énergies fossiles en général et nous ne sommes pas un producteur d’énergies fossiles. Ces infrastructures existent, nous, nous les optimisons.

Dans le secteur de l’eau vous compter aussi les usines de dessalement parmi vos clients ?

A partir du moment où Dubaï, l’Arabie saoudite et Abou Dhabi ont besoin d’eau, s’ils se la procurent par dessalement, autant optimiser la facture énergétique. C’est ce que nous faisons.






 
 

AGEFI



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