Le marché de l’art pénalisé par le manque d’offre

jeudi, 09.02.2017

Le groupe Christie’s publie des chiffres annuels en baisse. Mais reste supérieur à l’ensemble du secteur.

Stéphane Gachet

Guillaume Cerutti. La situation inhabituelle d’un marché dynamique face au manque d’œuvres de qualité

Christie’s, propriété de François Pinault, ouvre la première fenêtre de l’année sur l’évolution chiffrée du marché de l’art en 2016. Autant le dire d’emblée, le climat est doux-amer. Les résultats sont en baisse, comme le laissait entendre l’évolution statistique des ventes aux enchères, mais la maison s’en sort toutefois mieux que l’ensemble du marché, avec une baisse de 16% du chiffre d’affaires, contre un recul du volume d’affaires global des ventes d’œuvres d’art et d’antiquités de près du double sur la même période.

De quoi conforter Guillaume Cerutti, président exécutif de Christie’s depuis le premier janvier, dans la capacité du groupe à maintenir une dynamique positive malgré le contexte. Questionné sur la part de marché de Christie’s, il note surtout avoir «bien résisté». Il reste cependant difficile de mesurer précisément la position avant que les autres grands opérateurs publient leurs propres résultats (Sotheby’s, coté à Londres, publiera fin février). «Nous avons néanmoins une assez grande certitude dans notre position de leader, pour la 18e fois en vingt ans.»

Le marché de l’art toutefois marque le pas, depuis plusieurs années maintenant, et ne semble pas avoir raccroché à un nouveau cycle de croissance. La direction de Christie’s décrit la situation comme quelque chose d’assez paradoxal: tout le problème viendrait du manque de motivation des vendeurs, alors que les acquéreurs n’ont jamais montré autant d’intérêt. Un problème d’offre donc, qui se reflète dans la baisse importante des adjudications multimillionnaires et la baisse du nombre de lots adjugés sur l’année. En revanche, la part de lots vendus reste soutenue, de l’ordre de 80% en moyenne, preuve que la demande reste intacte.

Le marché regorge aussi de nouveaux acheteurs. L’an dernier, Christie’s en a recensé plus de 30%, dont une majorité fréquente le marché de l’art à travers les services online. Un canal qui est en plein essor, avec des ventes doublées sur un an et un potentiel toujours significatif, puisque Christie’s ne réalise encore que 1% de ses ventes en ligne.

La dynamique sous-jacente du marché se lit aussi dans l’évolution des ventes privées, en hausse de 25% l’an dernier chez Christie’s, dont elles représentent maintenant près de 15% du chiffre d’affaires global de 5,4 milliards de dollars enregistrés l’an dernier.

Le core business n’en reste pas moins les traditionnelles ventes aux enchères en salle, qui comptent pour 84% du résultat annuel. Guillaume Cerutti continue donc de mettre l’accent sur cette spécialité. Questionné sur les moyens dont dispose une maison comme Christie’s pour dynamiser son marché, il évoque en premier lieur les investissements réalisés sur les places de ventes. «La dynamique? Nous l’accompagnons et nous la saisissons là où elle se trouve.» Sans surprise, l’Asie, qui représente déjà 31% de la valeur totale des œuvres vendues, reste en point de mire. Christie’s a ouvert une représentation à Pékin l’an dernier, les ventes ont été développées à Shanghai, à Hong Kong également. Tout reste également à faire en Chine continentale. Christie’s a été la première maison de ventes étrangère à obtenir une licence, il y a trois ans, mais le marché intérieur cherche encore sa dynamique. Le dirigeant évoque encore la Côte Ouest américaine, avec une vue spéciale sur Los Angeles.

La vraie dynamique reste une affaire de fond et le défi principal est de dépasser la prudence des vendeurs. «A chaque fois que nous avons mis des œuvres importantes en vente, les acheteurs étaient au rendez-vous.» Jussi Pylkkanen, directeur Christie’s Europe et Moyen Orient, souligne lui aussi l’importance de motiver les vendeurs dans un tel contexte. Christie’s a d’ailleurs multiplié les initiatives dans ce sens l’an dernier, avec des ventes organisée sur un mode curatorial, autrement dit des ventes à thèmes, comme le british art ou l’avant-garde. Une approche «proactive du processus de sélection» qui fait ses preuves, avec parfois des taux de vendus de 100%. «Toute la difficulté est de trouver de la qualité sur un marché en perte de volume. Une situation très inhabituelle.»


 

 
 



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