Le Grand Genève n’existe pas encore!

mardi, 19.11.2019

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

Avec l’inauguration prochaine (le 15 décembre) de la ligne ferroviaire du CEVA et de la mise en service des trains du «Léman Express», les Genevois croient avoir créé un territoire transfrontalier nouveau. Est-ce une réalité ou une illusion? Est-ce que le transport crée le territoire? Ou alors faut-il autre chose pour que la frontière s’estompe vraiment? Autant de question qui restent ouvertes.

Commençons par le commencement.

A la chute de l’Empire français (1814), les puissances coalisées ainsi que d’autres États comme la Suisse se réunissent à Vienne afin d’y redéfinir les frontières de l’Europe. L’Acte final du Congrès de Vienne du 9 juin 1815, offre à Genève quelques rares terres permettant le rattachement de Genève au territoire helvétique. Et le Traité de réunion de Genève à la Suisse sera signé dans la foulée le 19 mai 1815. Même si Genève a obtenu quelques résultats, la ville est entourée de peu de terres ce qui va poser problème pour son développement, jusqu’à aujourd’hui.  Entre Monaco et Singapour, elle hésitera pour son modèle et ses ambitions. Et Genève restera petite tout en revendiquant un rôle mondial sous le terme ambigu de «Genève International». Voilà le contexte dans lequel naît une nouvelle ambition: le Grand Genève.

Mais revenons à l’actualité: celle de l’inauguration du réseau transfrontalier.

Ce qui frappe à la lecture des nouveaux trajets, ceux de «l’express léman», ce sont deux choses. Le nom d’abord. On parle du «Léman» dans la seule partie du pays où le lac s’appelle «le lac de Genève» et on parle d’«express» pour un train qui somme toute ira très lentement? Et ensuite le grand absent du réseau est l’aéroport. Incroyable aucun train direct. Tout passe par Cornavin, rien par Cointrin. À quoi ont pensé les planificateurs? L’aéroport, c’est la seule infrastructure commune des Suisses et des Français dans la région. C’est tout simplement incroyable. Sauf évidemment si le projet a consisté dès le début à vouloir créer une ligne ferroviaire «intra-muros». Une ligne interne à Genève. Un métro genre M1 lausannois. Et s’il s’agissait tout simplement de faire circuler les usagers vers des quartiers en fort développement comme Pont-Rouge et Eaux-Vives alors ce sera un succès.

Car pour les Bernois des CFF, qui pensent opération immobilière et les Parisiens de la SNCF, qui eux ne pensent surtout pas régional, ce projet a une logique différente, celle du développement urbain. Pour en revenir à notre question initiale: le «Grand Genève» consiste en quoi? La frontière des lois maintient le travail en Suisse et le commerce en France. Conséquences: les frontaliers français vont au travail en Suisse en voiture et les Genevois vont chaque semaine faire leurs achats en France aussi en voiture. Donc difficile de prendre le train… pourquoi cela devrait-il changer d’ailleurs?

Ainsi les forces du changement sont connues: changer les lois et la fiscalité de l’économie en France et mettre fin à la «vie cher» en Suisse. Autant dire impossible. Donc l’alternative innovante serait de déplacer d’autres activités professionnelles vers la France, comme des activités étatiques ou para-étatiques: EMS, hôpitaux et cliniques, centres universitaires ou encore crèches... Il ne s’agit donc pas de construire des zones de développements économiques comme à Archamps ou la ZAC à Ferney-Voltaire, qui souffrent des lois françaises peu propices au secteur privé, mais bien d’étendre sur un territoire agrandi des activités trop concentrées aujourd’hui en centre-ville. Il faut de l’espace. Il faut donner du territoire au territoire, voilà la solution pour un «Grand Genève» encore à inventer.

* Manufacture Thinking






 
 

AGEFI




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